Appelle-moi par ton nom

Titre : Appelle-moi par ton nom

Auteur : André Aciman

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : février 2018

Prix : 20,90€

Nombre de pages : 336

 

 

Résumé : Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…

Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.

 

Publié pour la première fois en 2007 aux éditions de l’Olivier, le roman d’André Aciman connaît une seconde vie grâce à l’adaptation de son histoire au cinéma. Réédité chez Grasset en 2018, peu de temps avant la sortie du film, Call me by your name renaît sous un nouveau titre mais avec la même traduction française du texte.

Appelle-moi par ton nom est l’histoire d’une passion adolescente entre deux hommes que tout oppose : leur classe sociale, leur âge, et plus tard leur destin. Comme tous les étés, la famille  d’Elio, le jeune narrateur de 17 ans, passe ses vacances dans une maison de campagne, loin du rythme incessant du reste de l’année.

Dès l’ouverture du récit, le décor est planté : idyllique, reposant, atemporel. Jusqu’à ce qu’un invité arrive dans ce cadre pourtant reculé du reste du monde… Aussitôt fasciné par ce jeune étudiant, Elio nous livre avec une transparence insouciante le tumulte de ses sentiments, de ces nouveaux sentiments contradictoires qu’il ne maîtrise pas. Peu à peu, nous assistons à la découverte de la passion, de cet état incontrôlable, incompréhensible, qu’est la naissance de l’amour chez un adolescent. Les sentiments sont amplifiés, les réactions excessives ou inexistantes.

André Aciman nous raconte la passion, sous une plume au contraire contrôlée, dénuée de tout effluve narratif, avec un vocabulaire, une culture riche et précise. Composé en plusieurs parties pensées comme des chapitres, le récit progresse d’abord lentement,  telle une mimétique des sentiments naissants chez ce jeune narrateur qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Le lecteur, au contraire, peut saisir cet effet de style de la part de l’auteur, sans pourtant y adhérer : cette lenteur du rythme narratif peut perdre le lecteur autant que le fasciner. Mais n’est-ce pas là le propre de la passion ? Car avant tout contact physique commencent les premiers signes : les effleurements, les comportements incompris, les réactions démesurées. Avec cette rencontre inattendue, c’est lui-même qu’Elio découvre : la naissance de ses sentiments, son désir, sa sexualité… On assiste à l’épanouissement progressif d’un adolescent à travers une relation certes houleuse, mais qui le marquera pour le reste de sa vie.

 

Avec Appelle-moi par ton nom, André Aciman nous offre une belle histoire, sincère et touchante, sur le premier amour et la découverte du désir. Malgré cela, malgré cette description sincère et juste du tumulte qui règne chez l’adolescent, la dernière partie du récit est la découverte la plus intéressante du roman. Au désir, aux sentiments passionnels, se succèdent les années et, avec elles, arrive la nostalgie. La nostalgie de cet été plein de promesses et de découvertes qui restera, dans l’esprit du jeune narrateur devenu adulte autant que dans celui du lecteur, une période majestueuse.

Un grand merci aux éditions Grasset pour cette belle découverte ! Et, en attendant la sortie du film en salles, la bande annonce :

Please follow and like us:

Pactum salis

Titre : Pactum salis

Auteur : Olivier Bourdeaut

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Finitude

Date de publication :janvier 2018

Prix : 18,50€

Nombre de pages : 256

 

 

 

Résumé : Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour « réussir ». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit. Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.

 

Ce fut l’un des succès retentissant de l’année 2016 : écoulé à plus de 500 000 exemplaires toutes éditions confondues, En attendant Bojangles a indéniablement fait rentrer son auteur dans le monde de la littérature. Car, plus encore que ce roman d’une émotion et d’une intensité à toute épreuve, on vient à croire que l’histoire de son auteur a grandement participé à l’écho du livre. Avec En attendant Bojangles, un écrivain est né.

De fait, comment composer « l’après Bojangles » ? Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut propose un second roman très différent du premier. Certes, on ne pourra empêcher les comparaisons et pour cause : on retrouve des similitudes qui font et entretiennent l’univers de l’auteur. A commencer par une écriture dansante, empreinte d’une certaine poésie. Toutefois, alors qu’elle apportait une grande légèreté à un sujet sombre, elle gagne cette fois-ci en intensité, en vocabulaire, en précision et assombrit une ambiance déjà pesante.

On délaisse le conte fantasque pour un récit violent et sensuel, plus ancré dans la réalité. Mais l’humour n’est jamais loin pour apporter un rayon de lumière et permettre au lecteur de prendre du recul sur certaines situations qui, jusqu’alors très sombres, prennent soudainement un tournant ridicule, burlesque. Le rire est toujours présent chez Olivier Bourdeaut, comme un frein à la noirceur du monde qu’il met habilement en scène.

Pactum salis est l’histoire d’une amitié, d’une inimitié, scellée par un pacte de sel. On ne saurait décrire la nature exacte de cette relation naissante entre deux hommes que tout oppose et qui vont se rencontrer au cœur de la Baule. L’un est paludier, aux tendances misanthropes, et vit en autarcie dans les marais salants ; l’autre est agent immobilier, parisien et au centre du monde y compris dans les endroits les plus reculés, comme Guérande. Deux personnalités fortes, aux antipodes l’une de l’autre, et qui finiront (ou pas) par s’accorder le temps de quelques jours.

Olivier Bourdeaut nous fait voyager dans un décor pittoresque qui séduit par son originalité et sa beauté. Mais cette tranquillité apparente va être bouleversée par l’arrivée d’un parisien effronté et, avec lui, la violence et les excès du monde. Pactum salis n’est pas seulement le récit d’une amitié chaotique entre deux hommes, c’est à travers elle un roman sur les relations humaines et la fatalité du monde qui les anime. On regrettera toutefois le grand bol d’émotions qui, porté par une écriture insouciante et poétique, faisait tout le charme d’En attendant Bojangles

 

Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut confirme la place d’écrivain qui lui avait été grandement attribuée lors de son premier roman. Une histoire originale, intense, empreinte d’un certain suspense, plantée dans un décor idyllique, et portée par une écriture à la fois dense, poétique et légère : tels sont les ingrédients qui façonnent le talent d’Olivier Bourdeaut qui, on l’espère, continuera à ravir des milliers de lecteurs.

Please follow and like us:

Quand on n’a que l’humour

Titre : Quand on n’a que l’humour

Auteur : Amélie Antoine

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mai 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 417

 

 

 

Résumé : C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter. Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment.
Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage. C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent. Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension. Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.
C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

 

Après le succès inattendu de son roman Fidèle au poste, Amélie Antoine revient avec un récit tout aussi original que le précédent, dans lequel on voit se dessiner le style émouvant de la jeune auteure. Quand on a que l’humour est l’histoire d’un clown triste, l’histoire d’un homme qui passe sa vie à faire rire les autres pour éviter de pleurer la sienne.

Le roman s’organise en deux parties : la première consacrée à Edouard, cet homme qui force l’admiration des hommes venus rire avec lui, et la seconde accordée à son fils Arthur. Cette organisation duale du récit a quelque-chose de déstabilisant : alors qu’on suivait aisément les avancées et les retours dans le passé du célèbre Edouard Bresson, jusqu’à fusionner avec lui, la seconde partie s’ouvre effrontément par le point-de-vue de celui que l’on ne connaît pas encore.

Il faudra alors quelques lignes pour comprendre que ce père absent, déconnecté de la réalité qui est celle du narrateur n’est pas la figure paternelle autoritaire et incompatissante décrite par le jeune Edouard, mais bien Edouard lui-même, vu à travers les yeux de son propre fils. Le jeu se renverse, le temps bascule et notre clown préféré prend malgré lui la place qu’il a rejetée en bloc durant toute son existence : celle du père détesté.

La grande force d’Amélie Antoine se situe dans les portraits de ses personnages. Qualité déjà visible dans Fidèle au poste, elle est ici décuplée dans la relation complexe qui lie un père et son fils, et saisissante dans le portrait d’un artiste malheureux, malgré les apparences. D’une partie à l’autre, l’auteure provoque des sentiments et des réactions différentes chez le lecteur : alors que le récit d’Edouard engendre l’émotion, la compassion, celui d’Arthur est composé sur un effet de suspense, signe de cette touche policière chère à l’auteure.

Quand on a que l’humour n’est pas un roman policier et, pourtant, le récit nous propose une enquête à résoudre en même temps que le narrateur. Fidèle au genre toutefois, le voile sera levé sur le mystère qui régie cette seconde partie à la toute fin du roman. Après les hypothèses ratées, les doutes suggérés, le récit s’achève finalement sur un profond apaisement pour le narrateur et le lecteur qui garde le sourire aux lèvres en refermant le livre.

Malgré le changement de point-de-vue et d’ambiance au milieu du roman, Quand on a que l’humour nous raconte l’histoire d’un homme aujourd’hui célèbre, porté par un public léger mais exigeant et qui dissimule une intériorité et un passé plus sombres. Derrière la façade joyeuse et accessible se cache un homme gouverné par des choix de vie bancals. Après une enfance et une adolescence rudes, Edouard a enfin obtenu son Saint Graal : le respect et l’admiration des autres. Mais, une fois ce but ultime atteint, est-il finalement heureux ?

A travers ce portrait de clown triste, Amélie Antoine interroge, nuance, et nous questionne sur un enjeu philosophique et culturel : la célébrité et l’admiration du monde nous rend-t-elle heureux ? Référence à Jacques Brel, lui aussi une grande figure d’artiste, Quand on a que l’humour s’inscrit avec élégance et émotion dans la lignée de ces romans qui, grâce à la fiction et à une plume simple mais subtile, véhiculent émotions et questionnements sur le monde contemporain.

 

A la hauteur de son précédent récit, Amélie Antoine nous offre une fois de plus une histoire forte et touchante à travers des personnages terriblement attachants.

 

Please follow and like us:

J’ai toujours cette musique dans la tête

Titre : J’ai toujours cette musique dans la tête

Auteur : Agnès Martin-Lugand

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 361

 

 

 

Résumé : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin. Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

 

Comme ses précédents titres, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand était très attendu. On retrouve sa plume agréable et fluide qui porte une histoire dans laquelle l’inattendu vient se mêler au quotidien. Encore une fois, les personnages sont des hommes et des femmes qui lui ressemblent : la petite quarantaine, une vie de couple et de famille épanouie… Bref, un idéal de vie bourgeoise peint de façon convenue mais parlante.

Toutefois, J’ai toujours cette musique dans la tête possède une tonalité jusqu’alors inconnue chez cette auteure à succès : le suspense. Car sous cette apparence parfaite, on pressent un événement plus noir arriver, déjà amené par la quatrième de couverture du livre. Plus qu’un spoiler, cette annonce crée en réalité une tension permanente pendant la lecture. Quand et surtout comment le vernis de cette vie parfaite va-t-il s’effriter ?

Au fil des pages, l’auteure construit le récit de façon à endormir l’attention de ses personnages et, par extension, de ses lecteurs. Mais lorsqu’il tombe, très tardivement, le couperet n’est pas aussi spectaculaire que le trailer pouvait le laisser croire. Le moment de basculement se fait de façon brutale, violente, mais finalement peu crédible. La tombée du voile est impromptue et la période sombre, en proie au doute, est minimisée aussi bien dans le temps que dans l’action. Le récit se veut positif, résolu, et toute la tension dramatique suscitée pendant la moitié du roman retombe comme un soufflet.

Le schéma narratif de ce livre n’est pas sans rappeler un de ses contemporains : D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Alors que l’héroïne traverse une période de doute, un autre personnage vient s’intégrer doucement au cadre, apparaissant alors comme une personne providentielle, présente pour apporter une solution à cette situation de crise. Une fois intégré, il se rend progressivement indispensable, toujours sous couvert d’une bienveillance endormante, et arrive ainsi à susciter une confiance aveugle de la part de l’héroïne. Dans le roman d’Agnès Martin-Lugand, on est bien loin de cette dimension terrifiante amenée de façon subtile et spectaculaire par Delphine de Vigan… Pourtant, l’alternance des points-de-vues entre Véra et Yanis permettait également de plonger le lecteur dans le regard aveugle de ces deux victimes et endormir ainsi toute méfiance vis-à-vis du comportement des autres personnages.

 

Agnès Martin-Lugand nous surprend dans ce nouveau roman qui mêle une tension dramatique forte au quotidien embelli d’un couple solide. Mais le basculement final peut décevoir et inscrire cette auteure dans le paysage de la littérature française du divertissement.

Please follow and like us:

D’après une histoire vraie

Titre : D’après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : JC Lattès

Date de publication : août 2015

Prix : 20€

Nombre de pages : 484

 

 

 

Résumé : Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.

 

Ce récit est l’histoire d’une relation opaque entre deux femmes : Delphine, double de l’auteure, et L., personnage énigmatique dont on ne connaît rien, même pas le nom. Sous une apparence bienveillante, elle s’insinue progressivement dans la vie de cette auteure, fragilisée par une panne d’écriture sévère.

Il ne se passe donc pas grand chose dans ce roman qui, pourtant, engendre une lecture hypnotique. Alors que Delphine ne mesure pas l’incidence de L. dans sa vie, très proche de la manipulation mentale, le lecteur se pense au contraire omniscient. Extérieur à l’histoire, il possède le recul nécessaire pour juger cette relation complexe. Cette impression de toute puissante est renforcée par le dénigrement du personnage envers lui-même qui ne cesse de mettre en avant son aveuglement face à l’emprise de L. Pourtant, jamais cette femme n’agit ostensiblement de manière malsaine. du moins si l’on en croit Delphine.

Car c’est là que réside toute la teneur psychologique de ce roman écrit à la première personne. Malgré le recul qui est accordé au lecteur, il est cantonné au point-de-vue de la narratrice et ne peut donc percevoir frontalement les intentions de L. On est donc constamment dans un jeu de funambule, à guetter un indice qui rompra l’équilibre insinué par cette femme mystérieuse. Sous couvert d’un énième récit autobiographique, D’après une histoire vraie s’établit en véritable thriller psychologique.

Delphine de Vigan ne se contente pas ici de décrire le réel : elle l’utilise, le questionne, le manipule. Situé dans la lignée du Misery de Stephen King qu’elle cite à plusieurs reprises, D’après une histoire vraie pose en arrière-plan du récit un débat de genre, celui de l’importance du réel dans la littérature. Alors que Delphine pense sortir de sa peur de la page blanche par la fiction, L. fait résonner en elle l’idée qu’aujourd’hui, la retranscription du réel est le seul but de la littérature. du moins, c’est ce qu’attendent ses lecteurs.

Au-delà du récit et de la manipulation mentale opérée par un personnage sur un autre, l’auteure s’interroge sur le travail de l’écrivain : est-il possible de dépasser les genres littéraires, de ne pas s’enfermer dans un seul au risque de froisser les lecteurs les plus assidus ? La part autobiographique d’un livre représente-t-il le seul intérêt de la littérature ? Autant de questions qui trouvent une réponse très tranchée dans la bouche de L. et qui, sous couvert d’aiguiller son amie dans sa création, la manipule et la fragilise encore plus.

A la lecture de ces moments plus critiques, on pense, on établit une opinion, et on participe malgré nous à l’établissement de l’intrigue. Une mise en abîme du récit réalisée de manière subtile, sans qu’on l’attende et qui fera surface de manière magistrale.

Please follow and like us:

Continuer

Titre : Continuer

Auteur : Laurent Mauvignier

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Minuit

Date de publication : septembre 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 240

 

 

 

Résumé : Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter. Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.

 

Continuer est un de ces livres rares qu’on aimerait recommencer une fois terminés. Il nous suit longtemps après l’avoir refermé : comme lors d’une rencontre amoureuse, on ne peut s’empêcher de penser à lui, au tourbillon de sentiments qu’il a su déclencher en nous. Ce roman est celui d’une relation houleuse entre une mère et son fils, constamment mise à l’épreuve par les attentes et les comportements de chacun. Un thème d’une banalité apparente, mais qui, sous la plume de Laurent Mauvignier, revêt une dimension fabuleuse.

Mère célibataire, Sybille se bat chaque jour pour garder la tête haute, malgré un homme qui éblouit par son absence et un adolescent à la dérive. Suite à une soirée qui a mal tourné pour son fils, elle prend la décision folle et désespérée de chercher un dépaysement total à travers un road-trip sur les terres du Kirghizistan.

Sybille ne maîtrise plus rien, mais elle est convaincue que ce voyage à cheval est la solution pour débloquer cette situation infernale et permettre à ce fils qu’elle ne comprend plus de s’ouvrir au monde. Elle est cependant loin de se douter qu’il ne sera pas la seule personne à devoir sauter des obstacles bien plus grands que lui.

Nous découvrons donc en même temps que ces deux personnages les paysages de ce sol lointain. Les descriptions n’affluent pas, pourtant l’ambiance et des parfums du Kirghizistan se font sentir à travers les mots. Dépaysant mais aussi enrichissant, ce voyage est l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus sur la personnalité et le passé de Sybille. Qui est vraiment cette femme prête à tout pour remettre son fils sur le droit chemin ? D’où lui vient cet acharnement ? Car, sous ses airs d’une grande fragilité, elle se révélera être quelqu’un de beaucoup plus fort que les personnes nocives qui l’entourent.

Continuer est un roman du dépaysement, de la découverte de soi, mais également de la violence. Violence des mots, violence des actes, le portrait de Samuel revêt tous les aspects de l’adolescent perdu, à la recherche d’un monde idéal, bien loin de celui de sa mère. La plume de Laurent Mauvignier a cette capacité de nous ouvrir les portes du psychisme de chacun de ses personnages.

Au désespoir d’une mère atterrée succède la provocation et le replis sur soi d’un fils incompris. Chaque monde intérieur nous est livré sans recul, avec violence et beauté, grâce à une écriture subtile, littéraire et rythmée, agissant comme une respiration saccadée.

Nous sommes la tête sous l’eau le temps d’un récit qu’il est difficile de quitter, même après le point final. Le tumulte d’émotions qui ressort des personnages et de cette relation, à la fois destructrice et bienfaisante, est si contagieux qu’il nous arracherait une larme souriante. Le lien musical qui ressort de cette épopée tragique achève le lecteur qui n’aurait pas encore succombé à la beauté du texte de Laurent Mauvignier.

Please follow and like us:

Petit pays

Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : août 2016

Prix : 18€

Nombre de pages : 224

 

 

 

Résumé : En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

 

Roman d’enfance, roman de guerre, Petit pays se présente comme un récit qui mêle les thèmes pour finalement se rassembler en un : l’identité. A l’insouciance de l’enfance succède la lucidité d’un jeune homme sur ses origines. Comment le bagage culturel s’impose-t-il à nous ? Et surtout, comment l’apprivoise-t-on ?

Autant de questionnements auxquels Gabriel va être confronté dans le pays de sa mère, celui de son enfance, à savoir le Rwanda. Pour lui et ses copains, la discrimination n’existe pas : ils appartiennent tous au même monde, celui de l’enfance régit par les jeux, l’amusement. Jusqu’à ce que le génocide Tutsi arrive : la haine et la violence des adultes déteint alors sur ces enfants, désormais guidés par un sentiment identitaire fort. On s’inscrit dans une communauté, de part la naissance, qu’il s’agit d’honorer avant tout.

Avec ce premier roman, Gaël Faye impose un style d’écriture à la fois poétique et extrêmement lucide. Suivant un récit composé en deux parties, l’avant et l’après génocide, cette plume mimétique devient grave dès que la violence des armes, des mots, apparaît.

Alors que la première partie du roman se veut légère, frivole, ennuyeuse parfois ; la seconde est au contraire teintée de noirceur, révélant ainsi la folie sombre des hommes. Tout ceci vu à travers les yeux d’un enfant de douze ans. Car quoi de plus fort, de plus touchant que de parler d’un pays à la dérive par le biais de l’insouciance ?

Pourtant, la barbarie des adultes agit comme un coup de massue sur ces enfants, qui prennent alors conscience de la réalité du monde contemporain et finissent par y participer. Cet équilibre entre la lumière et la part obscure des hommes est sans cesse mis à l’épreuve, spécialement dans la seconde partie du récit, et renforce l’équilibre-même du livre. Alors que l’ouverture renvoie souvent à une impression de naïveté lassante due à l’enfance, le reste du roman est intense, dévorant. de la noirceur de la guerre naît alors le style lumineux et poétique de Gaël Faye, celui qui retourne l’estomac, et le cœur.

 

Please follow and like us:

Riquet à la houppe

Titre : Riquet à la houppe

Auteur : Amélie Nothomb

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Albin Michel

Date de publication : août 2016

Prix : 16,90€

Nombre de pages : 198

 

 

 

Résumé : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

 

Dans ce nouveau titre de la rentrée littéraire de 2016, Amélie Nothomb investit le conte éponyme de Perrault, selon une touche bien à elle. Revêtus de nouveaux noms aux sonorités originales, les deux protagonistes naissent à grandissent dans deux univers séparés par des chapitres. Entre un physique repoussant et un prénom difficile à porter, Déodat cumule les tares et évolue dans un système qui ne semble pas adapté. Il est néanmoins doté d’une intelligence hors du commun, ce qui se ressent dans sa vision du monde qui l’entoure. Le lecteur se retrouve alors dans la tête de cet enfant qui paraît démuni face au comportement des adultes et leur émerveillement à son égard. Dès sa naissance, son physique effraie, mais son cerveau suscite admiration.

De l’autre côté, la petite Trémière subit une autre forme de discrimination : elle est dotée d’une beauté fulgurante, mais semble peu intelligente. Alors que les autres enfants moquaient la difformité de Déodat, ils jouent de façon cruelle avec Trémière qui se laisse faire, pensant à la bienveillance de ses compagnons d’école. Cette innocence apparente est renforcée par le manque d’intérêt des parents pour leur petite fille. Cette dernière est en effet confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère, pour qui elle développe une affection et une admiration sans limite.

Ces deux personnages, à la fois très différents et pourtant si semblables, vont donc évoluer séparément jusqu’à leur rencontre fracassante, bien qu’attendue par le lecteur. Très vite, Déodat développe un goût prononcé pour les oiseaux, duquel il en découlera une véritable passion. Alors que son entourage espérait un métier plein d’avenir, correspondant à son potentiel intellectuel, ce choix de spécialiste des oiseaux est très mal vu, mais lui apporte une notoriété inattendue. Le Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb apporte une plus-value en ce point : en transmettant sa passion pour les oiseaux à son personnage principal, elle créé une œuvre unique et optimiste, bien loin du conte de Perrault dont elle s’est inspirée.

Cette reprise est l’occasion pour l’auteure de tenir un discours très marqué sur la beauté. Placée au cœur des préoccupations dans notre société actuelle, cette notion peut faire des ravages, aussi bien à travers la cruauté des enfants que celle des adultes. Les personnes extrêmement belles sont tout autant pointées du doigt que celles au physique ingrat (à voir le destin souvent désastreux des personnalités placées sous le feu des projecteurs). La société intègre le commun, pas l’extraordinaire, qui se retrouve lui dans l’art. Finalement, ces deux personnages hors du commun se retrouvent ensemble, en haut de l’affiche et, clin d’œil de l’auteur aux histoires d’amour funestes : ils sont heureux.

Please follow and like us:

Danse d’atomes d’or

Titre : Danse d’atomes d’or

Auteur : Olivier Liron

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Alma

Date de publication : août 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 227

 

 

 

Résumé : Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s’éprennent follement, s’étreignent et s’aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparait sans un mot. Inconsolable, têtu, O. la cherche jusqu’à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d’adresse.
Librement inspiré d’Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d’atomes d’or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n’a pas besoin d’Orphée…
D’une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d’Olivier Liron s’inscrit dans le droit fil de L’écume des jours de Boris Vian.

 

Tout commence par un jeu, celui du « Post-it » : le narrateur, O., se découvre Orphée ; Loren, Eurydice. Suit alors un conte original, basé sur ce mythe, dans lequel deux personnes vont s’aimer follement le temps de quelques jours. La rencontre avec Loren va marquer la vie de O. : dès les premiers instants, il est fasciné par la jeune femme. Reine du spectacle la nuit, elle offre au narrateur une vie de bohème entre son petit appartement sous les toits et les promenades interminables dans les rues de Paris.

L’enthousiasme des personnages pour cette vie épicurienne est véhiculée par un rythme d’écriture à la fois scandé et allongé. La plume de l’auteur agit comme une mimétique du texte : ainsi les moments de contemplation de l’être aimé se transforment en un tableau d’émotions et la passion du narrateur dépasse le cadre du récit.

Danse d’atomes d’or est une histoire d’amour furtive et surtout intense : un amour qui se consume, se dévore et détruit. Nous sommes exclusivement dans la tête de O., le narrateur, si bien que nous vivons son amour mais aussi sa décontenance devant la tornade que représente la jeune femme.

La magie de la rencontre commence dès lors à s’effriter : ce personnage que l’on croyait invincible montre une petite part de faiblesse qui demeure incompréhensible. Cette brèche s’ouvre complètement lorsque Loren disparaît, sans rien laisser derrière elle. O. est désarmé, sans aucun moyen pour comprendre ou retrouver celle qu’il aime. Ce basculement du récit est également visible dans l’écriture qui prend la forme d’une complainte.

 

Entre polar, réécriture de conte et poésie, Olivier Liron signe un premier roman ambitieux, plein de charme, qui s’inscrit entre rêverie et descente aux Enfers. Ce livre nous rend vivants, donne envie d’être amoureux. Comme la passion qui y est décrite de façon crue et poétique, il se dévore. Le bagage culturel de l’auteur se ressent dans sa plume, mais ne s’impose pas comme une barrière avec le lecteur : il agit au contraire pour véhiculer toute la poésie présente dans le texte. Le titre du roman en est d’ailleurs la meilleure preuve.

Please follow and like us:

Au commencement du septième jour

Titre : Au commencement du septième jour

Auteur : Luc Lang

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Stock

Date de publication : août 2016

Prix : 22,50€

Nombre de pages : 544

 

 

 

Résumé : 4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

 

Ce nouveau roman de Luc Lang débute sur une allure des Apparences de Gillian Flynn. Thomas et Camille sont un couple de trentenaires dont le quotidien se trouve soudainement perturbé par la disparition de cette dernière. Certes, Camille ne s’est pas volatilisée comme Amy, mais est dans le coma après avoir subi un accident de la route. Le mystère qui règne autour de cet événement amène Thomas à se lancer dans une enquête qui vire à l’obsession.

L’écriture dense et tourmentée de Luc Lang participe à cet effet obsessionnel provenant du narrateur et du récit. Les blocs de texte s’enchaînent, suggérant un niveau de lecture avancé. Toutefois, cette exigence est atténuée par le rythme d’écriture imposé par l’auteur : les phrases sont saccadées, ponctuées de virgules à outrance et ignorant souvent les points finaux. Cette sensation d’essoufflement est guidé par le tourment intérieur et les réflexions continuellement élaborées par le narrateur.

Le récit prend une toute autre allure lors de la deuxième partie du livre : quelques temps après l’incident, le héros change une première fois de cadre. On retrouve le style incisif et dense de l’auteur, mais le caractère obsessionnel a complètement disparu. Les événements de la première partie du roman sont évoqués de façon évasive et ponctuelle, créant une importante source de frustration chez le lecteur.

Avec ce court voyage, Thomas se recentre sur sa famille et ouvre inopinément des secrets jusqu’alors enfouis. Encore une fois, Luc Lang flirte avec le polar, sans toutefois s’y atteler entièrement. Le récit est avant tout une histoire de vie tourmentée qui a du mal à s’apaiser.

Enfin, Thomas continue sa quête de vérité en embarquant pour l’Afrique afin de renouer avec sa sœur. Une fois n’est pas coutume, il va vivre autre chose que ce qui était prévu et se retrouve mêlé dans une sordide affaire d’espionnage. Malgré cet incident, nous découvrons avec lui les paysages et les coutumes de ce continent : le dépaysement est au rendez-vous, l’épuisement aussi.

 

Le roman se clôture donc sur cette dernière partie qui se révélera fructueuse sur de nombreuses interrogations et secrets de famille pour notre héros. Néanmoins, cette fin ouverte laisse également en suspens quelques points de l’intrigue, ce qui génère encore une fois une grande frustration pour le lecteur !

Please follow and like us: