Les Secrets

Titre : Les Secrets

Auteur : Amélie Antoine

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2018

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 392

 

 

 

Résumé : Et si le mensonge était, parfois, une ultime preuve d’amour ? Vous l’aimez plus que tout au monde.
Vous lui faites aveuglément confiance. Vous ne rêvez que d’une chose : fonder une famille ensemble. Mais rien ne se passe comme prévu. Jusqu’où iriez-vous pour éviter de tout perdre ? 

Une histoire racontée à rebours, car il n’y a qu’en démêlant les fils du passé que l’on peut comprendre le présent.

 

Construit à l’envers, le nouveau roman d’Amélie Antoine étonne par sa forme. L’idée est de commencer l’histoire par la fin : après un temps qu’on imagine avoir été une éternité, l’héroïne obtient ce qu’elle désirait par-dessus tout, tomber enceinte. Le fonctionnement du récit est alors le même que celui d’un certain type de polar : après avoir dévoilé le coupable, on remonte le fil pour tenter de comprendre comment le crime est arrivé.

Moins de suspense toutefois dans Les Secrets qui, malgré le titre, n’est pas énigmatique, sauf peut-être pour les personnages masculins. Les points-de-vues alternent entre Mathilde et Yascha, et pourtant le récit reste centré autour d’elle. Qui est cette femme qui, tout en menant une double vie affective, semble tiraillée par un désir d’enfant qui ne s’accomplit pas ?

Malgré une histoire moins originale et moins sous tension que dans ses romans précédents, ce nouveau livre d’Amélie Antoine procure également un grand plaisir de lecture. Retranchée derrière une plume simple mais efficace, l’auteure dresse un portrait de femme complexe, distant, mais qui n’en demeure pas moins touchant. Son souci de détailler la psychologie des personnages est visible et finement réalisé, d’autant plus avec cette construction particulière du récit.

Le roman pourrait se lire dans un sens comme dans l’autre (l’éditeur ayant même joué le jeu de la pagination du livre !), les personnages seraient toujours aussi crédibles et compréhensibles. Toutefois, ce choix de déroulement de l’histoire à rebours rend l’écart entre les portraits de début et de fin et l’évolution de Mathilde et de Yascha d’autant plus marquantes.

Quant aux personnages secondaires qui gravitent autour des deux principaux, ils participent également à complexifier et renforcer les traits de caractère de chacun. Face à un mari amoureux et lucide, face à une très jeune mère de famille, Mathilde et Yascha se forgent malgré eux une personnalité dense qui – on s’en rend compte dans les dernières pages du livre – s’est fortement assumée et transformée au fil du temps.

Devant l’agencement particulier du récit, des points-de-vues et du temps, l’ironie se fait de plus en plus forte : elle lui cache toute sa vie, s’en construit une autre (qu’elle désire peut-être vraiment ?) tandis que lui a du mal à assumer et assurer un rôle que, de son côté, elle cherche désespérément à endosser : celui d’être parent.

 

Avec Les Secrets, Amélie Antoine signe un nouveau roman qui dénote par sa forme plus que par son histoire ou l’émotion qu’elle propose. Une grande qualité narrative demeure pourtant : une psychologie des personnages fine, précise et donc forcément touchante.

Merci aux éditions Michel Lafon pour la découverte de ce dernier livre d’Amélie Antoine !

 

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Quand on n’a que l’humour

Titre : Quand on n’a que l’humour

Auteur : Amélie Antoine

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mai 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 417

 

 

 

Résumé : C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter. Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment.
Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage. C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent. Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension. Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.
C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

 

Après le succès inattendu de son roman Fidèle au poste, Amélie Antoine revient avec un récit tout aussi original que le précédent, dans lequel on voit se dessiner le style émouvant de la jeune auteure. Quand on a que l’humour est l’histoire d’un clown triste, l’histoire d’un homme qui passe sa vie à faire rire les autres pour éviter de pleurer la sienne.

Le roman s’organise en deux parties : la première consacrée à Edouard, cet homme qui force l’admiration des hommes venus rire avec lui, et la seconde accordée à son fils Arthur. Cette organisation duale du récit a quelque-chose de déstabilisant : alors qu’on suivait aisément les avancées et les retours dans le passé du célèbre Edouard Bresson, jusqu’à fusionner avec lui, la seconde partie s’ouvre effrontément par le point-de-vue de celui que l’on ne connaît pas encore.

Il faudra alors quelques lignes pour comprendre que ce père absent, déconnecté de la réalité qui est celle du narrateur n’est pas la figure paternelle autoritaire et incompatissante décrite par le jeune Edouard, mais bien Edouard lui-même, vu à travers les yeux de son propre fils. Le jeu se renverse, le temps bascule et notre clown préféré prend malgré lui la place qu’il a rejetée en bloc durant toute son existence : celle du père détesté.

La grande force d’Amélie Antoine se situe dans les portraits de ses personnages. Qualité déjà visible dans Fidèle au poste, elle est ici décuplée dans la relation complexe qui lie un père et son fils, et saisissante dans le portrait d’un artiste malheureux, malgré les apparences. D’une partie à l’autre, l’auteure provoque des sentiments et des réactions différentes chez le lecteur : alors que le récit d’Edouard engendre l’émotion, la compassion, celui d’Arthur est composé sur un effet de suspense, signe de cette touche policière chère à l’auteure.

Quand on a que l’humour n’est pas un roman policier et, pourtant, le récit nous propose une enquête à résoudre en même temps que le narrateur. Fidèle au genre toutefois, le voile sera levé sur le mystère qui régie cette seconde partie à la toute fin du roman. Après les hypothèses ratées, les doutes suggérés, le récit s’achève finalement sur un profond apaisement pour le narrateur et le lecteur qui garde le sourire aux lèvres en refermant le livre.

Malgré le changement de point-de-vue et d’ambiance au milieu du roman, Quand on a que l’humour nous raconte l’histoire d’un homme aujourd’hui célèbre, porté par un public léger mais exigeant et qui dissimule une intériorité et un passé plus sombres. Derrière la façade joyeuse et accessible se cache un homme gouverné par des choix de vie bancals. Après une enfance et une adolescence rudes, Edouard a enfin obtenu son Saint Graal : le respect et l’admiration des autres. Mais, une fois ce but ultime atteint, est-il finalement heureux ?

A travers ce portrait de clown triste, Amélie Antoine interroge, nuance, et nous questionne sur un enjeu philosophique et culturel : la célébrité et l’admiration du monde nous rend-t-elle heureux ? Référence à Jacques Brel, lui aussi une grande figure d’artiste, Quand on a que l’humour s’inscrit avec élégance et émotion dans la lignée de ces romans qui, grâce à la fiction et à une plume simple mais subtile, véhiculent émotions et questionnements sur le monde contemporain.

 

A la hauteur de son précédent récit, Amélie Antoine nous offre une fois de plus une histoire forte et touchante à travers des personnages terriblement attachants.

 

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