Riquet à la houppe

Titre : Riquet à la houppe

Auteur : Amélie Nothomb

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Albin Michel

Date de publication : août 2016

Prix : 16,90€

Nombre de pages : 198

 

 

 

Résumé : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

 

Dans ce nouveau titre de la rentrée littéraire de 2016, Amélie Nothomb investit le conte éponyme de Perrault, selon une touche bien à elle. Revêtus de nouveaux noms aux sonorités originales, les deux protagonistes naissent à grandissent dans deux univers séparés par des chapitres. Entre un physique repoussant et un prénom difficile à porter, Déodat cumule les tares et évolue dans un système qui ne semble pas adapté. Il est néanmoins doté d’une intelligence hors du commun, ce qui se ressent dans sa vision du monde qui l’entoure. Le lecteur se retrouve alors dans la tête de cet enfant qui paraît démuni face au comportement des adultes et leur émerveillement à son égard. Dès sa naissance, son physique effraie, mais son cerveau suscite admiration.

De l’autre côté, la petite Trémière subit une autre forme de discrimination : elle est dotée d’une beauté fulgurante, mais semble peu intelligente. Alors que les autres enfants moquaient la difformité de Déodat, ils jouent de façon cruelle avec Trémière qui se laisse faire, pensant à la bienveillance de ses compagnons d’école. Cette innocence apparente est renforcée par le manque d’intérêt des parents pour leur petite fille. Cette dernière est en effet confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère, pour qui elle développe une affection et une admiration sans limite.

Ces deux personnages, à la fois très différents et pourtant si semblables, vont donc évoluer séparément jusqu’à leur rencontre fracassante, bien qu’attendue par le lecteur. Très vite, Déodat développe un goût prononcé pour les oiseaux, duquel il en découlera une véritable passion. Alors que son entourage espérait un métier plein d’avenir, correspondant à son potentiel intellectuel, ce choix de spécialiste des oiseaux est très mal vu, mais lui apporte une notoriété inattendue. Le Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb apporte une plus-value en ce point : en transmettant sa passion pour les oiseaux à son personnage principal, elle créé une œuvre unique et optimiste, bien loin du conte de Perrault dont elle s’est inspirée.

Cette reprise est l’occasion pour l’auteure de tenir un discours très marqué sur la beauté. Placée au cœur des préoccupations dans notre société actuelle, cette notion peut faire des ravages, aussi bien à travers la cruauté des enfants que celle des adultes. Les personnes extrêmement belles sont tout autant pointées du doigt que celles au physique ingrat (à voir le destin souvent désastreux des personnalités placées sous le feu des projecteurs). La société intègre le commun, pas l’extraordinaire, qui se retrouve lui dans l’art. Finalement, ces deux personnages hors du commun se retrouvent ensemble, en haut de l’affiche et, clin d’œil de l’auteur aux histoires d’amour funestes : ils sont heureux.

Danse d’atomes d’or

Titre : Danse d’atomes d’or

Auteur : Olivier Liron

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Alma

Date de publication : août 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 227

 

 

 

Résumé : Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s’éprennent follement, s’étreignent et s’aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparait sans un mot. Inconsolable, têtu, O. la cherche jusqu’à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d’adresse.
Librement inspiré d’Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d’atomes d’or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n’a pas besoin d’Orphée…
D’une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d’Olivier Liron s’inscrit dans le droit fil de L’écume des jours de Boris Vian.

 

Tout commence par un jeu, celui du « Post-it » : le narrateur, O., se découvre Orphée ; Loren, Eurydice. Suit alors un conte original, basé sur ce mythe, dans lequel deux personnes vont s’aimer follement le temps de quelques jours. La rencontre avec Loren va marquer la vie de O. : dès les premiers instants, il est fasciné par la jeune femme. Reine du spectacle la nuit, elle offre au narrateur une vie de bohème entre son petit appartement sous les toits et les promenades interminables dans les rues de Paris.

L’enthousiasme des personnages pour cette vie épicurienne est véhiculée par un rythme d’écriture à la fois scandé et allongé. La plume de l’auteur agit comme une mimétique du texte : ainsi les moments de contemplation de l’être aimé se transforment en un tableau d’émotions et la passion du narrateur dépasse le cadre du récit.

Danse d’atomes d’or est une histoire d’amour furtive et surtout intense : un amour qui se consume, se dévore et détruit. Nous sommes exclusivement dans la tête de O., le narrateur, si bien que nous vivons son amour mais aussi sa décontenance devant la tornade que représente la jeune femme.

La magie de la rencontre commence dès lors à s’effriter : ce personnage que l’on croyait invincible montre une petite part de faiblesse qui demeure incompréhensible. Cette brèche s’ouvre complètement lorsque Loren disparaît, sans rien laisser derrière elle. O. est désarmé, sans aucun moyen pour comprendre ou retrouver celle qu’il aime. Ce basculement du récit est également visible dans l’écriture qui prend la forme d’une complainte.

 

Entre polar, réécriture de conte et poésie, Olivier Liron signe un premier roman ambitieux, plein de charme, qui s’inscrit entre rêverie et descente aux Enfers. Ce livre nous rend vivants, donne envie d’être amoureux. Comme la passion qui y est décrite de façon crue et poétique, il se dévore. Le bagage culturel de l’auteur se ressent dans sa plume, mais ne s’impose pas comme une barrière avec le lecteur : il agit au contraire pour véhiculer toute la poésie présente dans le texte. Le titre du roman en est d’ailleurs la meilleure preuve.

Au commencement du septième jour

Titre : Au commencement du septième jour

Auteur : Luc Lang

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Stock

Date de publication : août 2016

Prix : 22,50€

Nombre de pages : 544

 

 

 

Résumé : 4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

 

Ce nouveau roman de Luc Lang débute sur une allure des Apparences de Gillian Flynn. Thomas et Camille sont un couple de trentenaires dont le quotidien se trouve soudainement perturbé par la disparition de cette dernière. Certes, Camille ne s’est pas volatilisée comme Amy, mais est dans le coma après avoir subi un accident de la route. Le mystère qui règne autour de cet événement amène Thomas à se lancer dans une enquête qui vire à l’obsession.

L’écriture dense et tourmentée de Luc Lang participe à cet effet obsessionnel provenant du narrateur et du récit. Les blocs de texte s’enchaînent, suggérant un niveau de lecture avancé. Toutefois, cette exigence est atténuée par le rythme d’écriture imposé par l’auteur : les phrases sont saccadées, ponctuées de virgules à outrance et ignorant souvent les points finaux. Cette sensation d’essoufflement est guidé par le tourment intérieur et les réflexions continuellement élaborées par le narrateur.

Le récit prend une toute autre allure lors de la deuxième partie du livre : quelques temps après l’incident, le héros change une première fois de cadre. On retrouve le style incisif et dense de l’auteur, mais le caractère obsessionnel a complètement disparu. Les événements de la première partie du roman sont évoqués de façon évasive et ponctuelle, créant une importante source de frustration chez le lecteur.

Avec ce court voyage, Thomas se recentre sur sa famille et ouvre inopinément des secrets jusqu’alors enfouis. Encore une fois, Luc Lang flirte avec le polar, sans toutefois s’y atteler entièrement. Le récit est avant tout une histoire de vie tourmentée qui a du mal à s’apaiser.

Enfin, Thomas continue sa quête de vérité en embarquant pour l’Afrique afin de renouer avec sa sœur. Une fois n’est pas coutume, il va vivre autre chose que ce qui était prévu et se retrouve mêlé dans une sordide affaire d’espionnage. Malgré cet incident, nous découvrons avec lui les paysages et les coutumes de ce continent : le dépaysement est au rendez-vous, l’épuisement aussi.

 

Le roman se clôture donc sur cette dernière partie qui se révélera fructueuse sur de nombreuses interrogations et secrets de famille pour notre héros. Néanmoins, cette fin ouverte laisse également en suspens quelques points de l’intrigue, ce qui génère encore une fois une grande frustration pour le lecteur !

Phobos, Origines

Titre : Phobos, Origines

Auteur : Victor Dixen

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Robert Laffont

Date de publication : juin 2016

Prix : 14,90€

Nombre de pages : 304

 

 

 

Résumé :

Six pionniers en apparence irréprochables.
Six jeunes terriens rongés par leurs secrets.
Six dossiers interdits, qui auraient dû le rester.

Ils incarnent l’avenir de l’humanité.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis,

L’émission de speed-dating la plus folle de l’histoire,

Destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.

Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé.
Le courage suffi t-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ? La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ? Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les  » héros de l’espace  » ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu’il ne soit trop tard.

 

Dans ce nouvel opus de la saga spatiale, Victor Dixen revient sur les origines des six prétendants du programme Genesis : quelle est leur histoire ? Qu’est-ce qui a poussé chacun d’entre eux à se lancer dans cette aventure à la conquête de Mars ? Toutes ces interrogations sur la vie des personnages trouvent une réponse dans un roman choral : les points-de-vues s’alternent, donnant un rythme de lecture intense, et finissent par se recouper. Tour à tour, les garçons prennent la parole, nous livrent leur intériorité et dressent ainsi six portraits très différents mais tout à fait crédibles. Toutefois, le programme Genesis n’est jamais très loin.

Alors que le lecteur, connaisseur ou non de la saga, apprend rapidement à connaître chaque prétendant, les chapitres alternent entre « voix on » et « voix off », partageant alors les différentes étapes avant la sélection de chaque candidat. Mais, contrairement aux deux premiers tomes de la saga, le point-de-vue adopté est toujours celui du prétendant, nous n’avons en aucun cas accès à la face cachée de la caméra. L’objectif de ce récit « hors série » est de faire une pause dans l’intrigue de la saga Phobos, afin de mettre en lumière les raisons qui font que ces six garçons se sont lancés dans le programme Genesis.

Une fois de plus, la richesse de l’imagination de l’auteur est au rendez-vous. Non pas dans la construction d’un univers de science-fiction, mais dans l’élaboration de six parcours de vie, aussi passionnants les uns que les autres. Phobos possède cette qualité romanesque mise en scène de façon remarquable par l’auteur : le suspense est à son comble et est ici renforcé par un rythme de lecture à toute épreuve. La construction du récit en six actes, ainsi que l’alternance des voix hors antenne rendent le récit savoureux et inscrivent la lecture dans un rapport de dévoration.

Chez Victor Dixen, suspense rime avec frustration : encore une fois, le livre se finit en apothéose par une révélation qui ne manque pas de renforcer un désir déjà insatiable de lecture !

Alors qu’il nous avait habitués à un récit compris dans une pagination très dense, l’histoire de chaque prétendant est ici relatée dans une cinquantaine de pages seulement. Cet espace d’écriture minime bouscule le lecteur : il met à mal la relation d’attachement à chaque personnage.