J’ai toujours cette musique dans la tête

Titre : J’ai toujours cette musique dans la tête

Auteur : Agnès Martin-Lugand

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 361

 

 

 

Résumé : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin. Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

 

Comme ses précédents titres, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand était très attendu. On retrouve sa plume agréable et fluide qui porte une histoire dans laquelle l’inattendu vient se mêler au quotidien. Encore une fois, les personnages sont des hommes et des femmes qui lui ressemblent : la petite quarantaine, une vie de couple et de famille épanouie… Bref, un idéal de vie bourgeoise peint de façon convenue mais parlante.

Toutefois, J’ai toujours cette musique dans la tête possède une tonalité jusqu’alors inconnue chez cette auteure à succès : le suspense. Car sous cette apparence parfaite, on pressent un événement plus noir arriver, déjà amené par la quatrième de couverture du livre. Plus qu’un spoiler, cette annonce crée en réalité une tension permanente pendant la lecture. Quand et surtout comment le vernis de cette vie parfaite va-t-il s’effriter ?

Au fil des pages, l’auteure construit le récit de façon à endormir l’attention de ses personnages et, par extension, de ses lecteurs. Mais lorsqu’il tombe, très tardivement, le couperet n’est pas aussi spectaculaire que le trailer pouvait le laisser croire. Le moment de basculement se fait de façon brutale, violente, mais finalement peu crédible. La tombée du voile est impromptue et la période sombre, en proie au doute, est minimisée aussi bien dans le temps que dans l’action. Le récit se veut positif, résolu, et toute la tension dramatique suscitée pendant la moitié du roman retombe comme un soufflet.

Le schéma narratif de ce livre n’est pas sans rappeler un de ses contemporains : D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Alors que l’héroïne traverse une période de doute, un autre personnage vient s’intégrer doucement au cadre, apparaissant alors comme une personne providentielle, présente pour apporter une solution à cette situation de crise. Une fois intégré, il se rend progressivement indispensable, toujours sous couvert d’une bienveillance endormante, et arrive ainsi à susciter une confiance aveugle de la part de l’héroïne. Dans le roman d’Agnès Martin-Lugand, on est bien loin de cette dimension terrifiante amenée de façon subtile et spectaculaire par Delphine de Vigan… Pourtant, l’alternance des points-de-vues entre Véra et Yanis permettait également de plonger le lecteur dans le regard aveugle de ces deux victimes et endormir ainsi toute méfiance vis-à-vis du comportement des autres personnages.

 

Agnès Martin-Lugand nous surprend dans ce nouveau roman qui mêle une tension dramatique forte au quotidien embelli d’un couple solide. Mais le basculement final peut décevoir et inscrire cette auteure dans le paysage de la littérature française du divertissement.

Maman a tort

Titre : Maman a tort

Auteur : Michel Bussi

Genre : Thriller

Editeur : Presses de la cité

Date de publication : mai 2015

Prix : 22,50€

Nombre de pages : 512

 

 

Résumé : Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit. Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide. Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple. Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent. Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche. Le compte à rebours a commencé. Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent. Qui est Malone ?

 

On connaît Michel Bussi pour ses thrillers haletants. Maman a tort mêle deux récits : celui des retombées d’un braquage auquel se superpose les lamentations d’un enfant de 3 ans qui affirme que sa mère n’est pas sa vraie mère. A priori les deux événements n’ont rien à voir, hormis un personnage présent sur les deux fronts : la commissaire Marianne Augresse. Pourtant, il est prévisible que ces deux récits, qui ponctuent le roman à tour de rôle, finissent par se recouper. Mais très vite, le prévisible laisse la place à de nombreuses surprises : grâce à sa présence sur les deux fronts, le lecteur découvre peu à peu les secrets de chacun et pense avoir une main mise sur les différents dénouements de l’histoire. Certes on en apprend un peu plus sur l’enquête du braquage et l’identité du petit Malone, mais le récit prend parfois des tournants insoupçonnés. Si bien que l’attention du lecteur est sans cesse relancée.

Grâce à une écriture agréable et fluide, il est facile de suivre chaque histoire du livre et de s’attacher à ses personnages. Le récit est plus particulièrement centré sur Malone et Marianne Augresse. Il est moins évident de cerner le caractère du petit garçon, dans la mesure où lui-même cherche à se construire malgré son histoire déroutante. Malone est un enfant renfermé qui a pour seuls amis sa peluche Gouti et son psychologue scolaire Vasile Dragonman. Troublé par les confidences du petit garçon, ce dernier décide d’avertir la police, et plus particulièrement la commandante Augresse. Au début sceptique, Marianne finit par se prêter au jeu.

Grâce à un point-de-vue qui alterne entre ces trois personnages, le lecteur avance plus vite dans l’enquête que la police, ce qui génère une certaine frustration. La focalisation interne sur le petit Malone est également intéressante : nous avons accès à ses sentiments, mais également aux histoires de Gouti, sa peluche. Au début, cet élément peut paraître assez déroutant. Nous écoutons avec cet enfant des récits fantastiques où se mêlent toutes sortes de créatures imaginaires : des ogres, des loups, des chevaliers, des sorcières agissant dans des décors de contes : des châteaux, des forêts… Malone écoute ces histoires avec énormément d’attention, à tel point qu’il transpose toutes ces données dans la réalité. Cela participe au mystère qui entoure le récit : le lecteur a lui-même du mal à interpréter l’univers merveilleux raconté par Gouti. Les noms choisis par l’auteur participent également à cet univers : Augresse, Dragonman, Moulin… Comme si tous ces personnages faisaient partie des histoires de Gouti.

Quant au personnage de Marianne Augresse, il est aussi particulier : au travail, c’est une femme forte et respectée. Mais sa vie personnelle est tristement vide. Elle n’a pas connu beaucoup d’hommes malgré son âge déjà avancé. Son plus grand regret et de ne pas avoir d’enfant. Son objectif est alors de rencontrer le futur père de son enfant avant qu’il ne soit trop tard. Un personnage qui attire autant la sympathie que la compassion, malgré un effort de cacher ces failles.

Maman a tort n’est donc pas un livre pour les enfants, mais sur l’enfance. Sur ce sujet, le personnage du psychologue scolaire est très riche : lors de ses nombreuses rencontres avec la commandante, il lui explique les raisons du comportement étrange de Malone, dû selon lui à un traumatisme profond. Ses théories s’appuient notamment sur la conception et la construction de la mémoire dans la petite enfance. Grâce à ces nombreux éléments expliqués par Vasile, le lecteur découvre comme Marianne les rouages de la mémoire et peut ainsi avancer petit à petit dans l’enquête. Nous faisons alors confiance à l’auteur qui a bien entendu dû réaliser des recherches conséquentes sur le sujet.

La relation entre la mère et son fils est également mise en avant dans ce roman. Malone répète que sa maman n’est pas sa vraie maman, ce qui n’est pas anodin pour un enfant de son âge. Outre l’histoire qui se cache derrière ces paroles, la relation fusionnelle entre un enfant et sa mère semble être mise en danger, ce qui révèle pour le psychologue un véritable problème. Comme le corps enseignant ou la police, le lecteur est dans les premiers temps surpris de l’importante accordée à ce détail par le psychologue. Néanmoins, les révélations de plus en plus surprenantes de Malone font douter et intriguent de plus en plus au fil du récit.

 

Encore une fois, Michel Bussi nous livre un thriller prenant et original. L’alternance des récits et la particularité des personnages tiennent le lecteur en haleine. Malgré une étape romanesque prévisible, la tournure des événements n’a de cesse de nous surprendre.

D’après une histoire vraie

Titre : D’après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : JC Lattès

Date de publication : août 2015

Prix : 20€

Nombre de pages : 484

 

 

 

Résumé : Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.

 

Ce récit est l’histoire d’une relation opaque entre deux femmes : Delphine, double de l’auteure, et L., personnage énigmatique dont on ne connaît rien, même pas le nom. Sous une apparence bienveillante, elle s’insinue progressivement dans la vie de cette auteure, fragilisée par une panne d’écriture sévère.

Il ne se passe donc pas grand chose dans ce roman qui, pourtant, engendre une lecture hypnotique. Alors que Delphine ne mesure pas l’incidence de L. dans sa vie, très proche de la manipulation mentale, le lecteur se pense au contraire omniscient. Extérieur à l’histoire, il possède le recul nécessaire pour juger cette relation complexe. Cette impression de toute puissante est renforcée par le dénigrement du personnage envers lui-même qui ne cesse de mettre en avant son aveuglement face à l’emprise de L. Pourtant, jamais cette femme n’agit ostensiblement de manière malsaine. du moins si l’on en croit Delphine.

Car c’est là que réside toute la teneur psychologique de ce roman écrit à la première personne. Malgré le recul qui est accordé au lecteur, il est cantonné au point-de-vue de la narratrice et ne peut donc percevoir frontalement les intentions de L. On est donc constamment dans un jeu de funambule, à guetter un indice qui rompra l’équilibre insinué par cette femme mystérieuse. Sous couvert d’un énième récit autobiographique, D’après une histoire vraie s’établit en véritable thriller psychologique.

Delphine de Vigan ne se contente pas ici de décrire le réel : elle l’utilise, le questionne, le manipule. Situé dans la lignée du Misery de Stephen King qu’elle cite à plusieurs reprises, D’après une histoire vraie pose en arrière-plan du récit un débat de genre, celui de l’importance du réel dans la littérature. Alors que Delphine pense sortir de sa peur de la page blanche par la fiction, L. fait résonner en elle l’idée qu’aujourd’hui, la retranscription du réel est le seul but de la littérature. du moins, c’est ce qu’attendent ses lecteurs.

Au-delà du récit et de la manipulation mentale opérée par un personnage sur un autre, l’auteure s’interroge sur le travail de l’écrivain : est-il possible de dépasser les genres littéraires, de ne pas s’enfermer dans un seul au risque de froisser les lecteurs les plus assidus ? La part autobiographique d’un livre représente-t-il le seul intérêt de la littérature ? Autant de questions qui trouvent une réponse très tranchée dans la bouche de L. et qui, sous couvert d’aiguiller son amie dans sa création, la manipule et la fragilise encore plus.

A la lecture de ces moments plus critiques, on pense, on établit une opinion, et on participe malgré nous à l’établissement de l’intrigue. Une mise en abîme du récit réalisée de manière subtile, sans qu’on l’attende et qui fera surface de manière magistrale.

Phobos, tome 3

Titre : Phobos, tome 3

Auteur : Victor Dixen

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Robert Laffont

Date de publication : novembre 2016

Prix : 18,90€

Nombre de pages : 624

 

 

 

Résumé :

FIN DU PROGRAMME GENESIS DANS
1 MOIS…
1 JOUR…
1 HEURE…

ILS SONT PRÊTS À MENTIR POUR SAUVER LEUR PEAU.

Ils sont les douze naufragés de Mars.
Ils sont aussi les complices d’un effroyable mensonge. Les spectateurs se passionnent pour leur plan de sauvetage, sans se douter du danger sans précédent qui menace la Terre.

ELLE EST PRÊTE À MOURIR POUR SAUVER LE MONDE.

Au risque de sa vie, Léonor est déterminée
à faire éclater la vérité. Mais en est-il encore temps ?

MÊME SI LE COMPTE À REBOURS EXPIRE, IL EST TROP TARD POUR RENONCER.

 

Avec ce troisième opus de la saga Phobos, Victor Dixen signe un tome très mouvementé : entre questions existentielles et retournements de situation fréquents, le rythme que nous impose la lecture relève d’un véritable marathon. Et pour cause : il faut tenir le lecteur éveillé pendant plus de 600 pages ! La dimension addictive liée à l’écriture est donc toujours présente au même niveau, bien que le récit aurait gagné en respiration à être divisé en deux tomes. Remercions toutefois l’éditeur de ne pas avoir succombé à cette tentation, chère aux adaptations cinématographiques de sagas pour adolescents.

On retrouve avec plaisir la galerie de personnages présents dans les deux premiers tomes, sans oublier le hors-série : l’auteur adresse de nombreux clins d’œil aux adeptes de la série, en rappelant le passé des garçons sous forme de fragments. L’attachement à ces jeunes adultes n’en est que renforcé, contrairement à la nouvelle génération de pionniers qui ont également signé pour Mars.

Comme dans le premier tome, chacun est rapidement présenté sous forme de tableau comprenant les noms, les pays d’origine ainsi que l’argent récolté auprès des téléspectateurs. Toutefois, nous ne voyons ces nouveaux visages que de loin, à travers la chaîne Genesis. Nulle possibilité donc de connaître, et encore moins de s’attacher, à ces personnalités.

Un choix considéré de la part de l’auteur qui a pris le parti de développer d’autres personnages déjà présents dans l’aventure. Alors qu’elle était souvent relayée au second plan dans les tomes précédents, Harmony s’impose sur le devant de la scène dans un récit parallèle au récit cadre. Elle va se retrouver confrontée malgré elle à une question d’ordre scientifique et moral, qui effleurera également l’esprit du lecteur : doit-on tout faire pour accéder à la jeunesse éternelle ? Encore une fois, le développement de ce personnage sera lié à celui de sa mère, Serena, dont la personnalité déjà très noire s’assombrira encore plus.

Bien que Phobos ne soit pas une dystopie, Victor Dixen joue avec les codes du genre, en nous proposant un « avant », avant qu’un pouvoir drastique ne soit mis en place. Car Serena McBee ne se contente pas contrôler une émission de télé-réalité (bien que mondialement suivie). Son ambition est d’accéder à la présidence des États-Unis : un projet fou pour nous lecteurs qui connaissons son vrai visage, mais bien sensé pour les partenaires de Genesis et la population, envoûtés par le charisme de cette femme qui excelle dans l’art de dissimuler sa soif de pouvoir.

Elle se fabrique une image lisse, humaine, en apparence transparente, qui dissimule à la perfection ses actes meurtriers. Tout est sombre chez cette femme dont le comportement manipulateur fait frissonner, d’autant plus qu’elle est hissée au sommet par le public. Un personnage tissé à la perfection dans le rôle du méchant, qui n’est pas sans rappeler certains passages de l’Histoire…

Songe à la douceur

Titre : Songe à la douceur

Auteur : Clémentine Beauvais

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Sarbacane

Date de publication : août 2016

Prix : 15,50€

Nombre de pages : 240

 

 

 

Résumé : Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il ne peut plus vivre loin d’elle. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?
Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans, à ce moment-là d’une vie, peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

 

Avec ce nouveau roman, Clémentine Beauvais signe son entrée dans la cour des grands. Car, même s’il n’est pas classé parmi les adultes, ce livre ne s’adresse pas seulement à ces adolescents qui, peut-être, ne percevront pas toute la magie et le désespoir que comporte cette histoire d’amour impossible.

Cette histoire est celle d’une rencontre fortuite, incongrue, tout sauf romantique. Eugène et Tatiana sont là pour accompagner leurs deux amis, follement amoureux. Tenir la chandelle à deux, pourquoi pas. Ils apprennent à se connaître au détour d’un café, d’une réception, d’une promenade à quatre. le charme s’opère sur la jeune Tatiana, mais fait fuir son compagnon d’infortune. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » : Eugène le sait, le vit, et s’en mordra les doigts dix ans plus tard… Tatiana, blessée et malheureuse, vit alors son premier chagrin d’amour.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’auteure effectue des sauts dans le temps aux moments opportuns du récit et joue ainsi avec la frustration du lecteur. Il faudra attendre plusieurs pages avant d’apprendre que la jeunesse des deux personnages ne fut pas la seule raison de leur échec amoureux. Au détour d’une conversation entre adultes, le roman prend alors une tournure bien plus dramatique que prévu.

Songe à la douceur célèbre l’amour, mais également la maturation d’un homme et d’une femme séparés par la fougue que fut leur jeunesse. Clémentine Beauvais dessine le portrait d’un quatuor contraire, mais complémentaire. Alors que le premier duo est amoureux, passionné, frivole ; le second est distant et introverti. Mais un saut de dix années dans le temps semble changer beaucoup de choses : on retrouve Tatiana et Eugène, jeunes adultes et transformés.

Elle est indépendante, gracieuse, plongée dans une thèse artistique ; lui a perdu toute frivolité, est un homme d’affaire ennuyeux, mais retrouve un éclat et une insouciance au contact de celle qui, autrefois, le laissait de marbre. Les retrouvailles de ces deux personnages se réalisent comme une danse, celle de la passion oubliée, fragilisée par un secret inconnu pour le lecteur.

Cette danse verbale est d’autant plus belle qu’elle est mise en lumière par l’écriture visuelle de l’auteure. On entend la musique au travers des mots : celle à la fois légère et onirique mais qui, à la seconde d’après, sombre dans un jeu de percussions qui prend aux tripes. le barrage que pourrait constituer une écriture en vers libres à la lecture prend alors tout son sens ; et va même au-delà : elle devient indispensable.

Continuer

Titre : Continuer

Auteur : Laurent Mauvignier

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Minuit

Date de publication : septembre 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 240

 

 

 

Résumé : Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter. Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.

 

Continuer est un de ces livres rares qu’on aimerait recommencer une fois terminés. Il nous suit longtemps après l’avoir refermé : comme lors d’une rencontre amoureuse, on ne peut s’empêcher de penser à lui, au tourbillon de sentiments qu’il a su déclencher en nous. Ce roman est celui d’une relation houleuse entre une mère et son fils, constamment mise à l’épreuve par les attentes et les comportements de chacun. Un thème d’une banalité apparente, mais qui, sous la plume de Laurent Mauvignier, revêt une dimension fabuleuse.

Mère célibataire, Sybille se bat chaque jour pour garder la tête haute, malgré un homme qui éblouit par son absence et un adolescent à la dérive. Suite à une soirée qui a mal tourné pour son fils, elle prend la décision folle et désespérée de chercher un dépaysement total à travers un road-trip sur les terres du Kirghizistan.

Sybille ne maîtrise plus rien, mais elle est convaincue que ce voyage à cheval est la solution pour débloquer cette situation infernale et permettre à ce fils qu’elle ne comprend plus de s’ouvrir au monde. Elle est cependant loin de se douter qu’il ne sera pas la seule personne à devoir sauter des obstacles bien plus grands que lui.

Nous découvrons donc en même temps que ces deux personnages les paysages de ce sol lointain. Les descriptions n’affluent pas, pourtant l’ambiance et des parfums du Kirghizistan se font sentir à travers les mots. Dépaysant mais aussi enrichissant, ce voyage est l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus sur la personnalité et le passé de Sybille. Qui est vraiment cette femme prête à tout pour remettre son fils sur le droit chemin ? D’où lui vient cet acharnement ? Car, sous ses airs d’une grande fragilité, elle se révélera être quelqu’un de beaucoup plus fort que les personnes nocives qui l’entourent.

Continuer est un roman du dépaysement, de la découverte de soi, mais également de la violence. Violence des mots, violence des actes, le portrait de Samuel revêt tous les aspects de l’adolescent perdu, à la recherche d’un monde idéal, bien loin de celui de sa mère. La plume de Laurent Mauvignier a cette capacité de nous ouvrir les portes du psychisme de chacun de ses personnages.

Au désespoir d’une mère atterrée succède la provocation et le replis sur soi d’un fils incompris. Chaque monde intérieur nous est livré sans recul, avec violence et beauté, grâce à une écriture subtile, littéraire et rythmée, agissant comme une respiration saccadée.

Nous sommes la tête sous l’eau le temps d’un récit qu’il est difficile de quitter, même après le point final. Le tumulte d’émotions qui ressort des personnages et de cette relation, à la fois destructrice et bienfaisante, est si contagieux qu’il nous arracherait une larme souriante. Le lien musical qui ressort de cette épopée tragique achève le lecteur qui n’aurait pas encore succombé à la beauté du texte de Laurent Mauvignier.

Petit pays

Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : août 2016

Prix : 18€

Nombre de pages : 224

 

 

 

Résumé : En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

 

Roman d’enfance, roman de guerre, Petit pays se présente comme un récit qui mêle les thèmes pour finalement se rassembler en un : l’identité. A l’insouciance de l’enfance succède la lucidité d’un jeune homme sur ses origines. Comment le bagage culturel s’impose-t-il à nous ? Et surtout, comment l’apprivoise-t-on ?

Autant de questionnements auxquels Gabriel va être confronté dans le pays de sa mère, celui de son enfance, à savoir le Rwanda. Pour lui et ses copains, la discrimination n’existe pas : ils appartiennent tous au même monde, celui de l’enfance régit par les jeux, l’amusement. Jusqu’à ce que le génocide Tutsi arrive : la haine et la violence des adultes déteint alors sur ces enfants, désormais guidés par un sentiment identitaire fort. On s’inscrit dans une communauté, de part la naissance, qu’il s’agit d’honorer avant tout.

Avec ce premier roman, Gaël Faye impose un style d’écriture à la fois poétique et extrêmement lucide. Suivant un récit composé en deux parties, l’avant et l’après génocide, cette plume mimétique devient grave dès que la violence des armes, des mots, apparaît.

Alors que la première partie du roman se veut légère, frivole, ennuyeuse parfois ; la seconde est au contraire teintée de noirceur, révélant ainsi la folie sombre des hommes. Tout ceci vu à travers les yeux d’un enfant de douze ans. Car quoi de plus fort, de plus touchant que de parler d’un pays à la dérive par le biais de l’insouciance ?

Pourtant, la barbarie des adultes agit comme un coup de massue sur ces enfants, qui prennent alors conscience de la réalité du monde contemporain et finissent par y participer. Cet équilibre entre la lumière et la part obscure des hommes est sans cesse mis à l’épreuve, spécialement dans la seconde partie du récit, et renforce l’équilibre-même du livre. Alors que l’ouverture renvoie souvent à une impression de naïveté lassante due à l’enfance, le reste du roman est intense, dévorant. de la noirceur de la guerre naît alors le style lumineux et poétique de Gaël Faye, celui qui retourne l’estomac, et le cœur.

 

La fille du train

Titre : La fille du train

Auteur : Paula Hawkins

Genre : Thriller

Éditeur : Sonatine

Date de publication : mai 2015

Prix : 19,95€

Nombre de pages : 378

 

 

 

Résumé : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

 

A cheval entre thriller et roman psychologique, La Fille du train se situe dans la lignée des Apparences de Gilian Flynn. On remarque dès les premières pages de nombreuses similitudes entre les deux récits : un couple en apparence idéal, bien sous tous rapports. Jusqu’à ce que la vitrine éclate. Toutefois, le roman de Paula Hawkins possède de nombreux éléments romanesques qui lui sont propres, à commencer par ses personnages. En face du couple idéal se situe Rachel, la figure même de l’anti-héroïne.

En proie à de nombreux maux, la jeune femme est à la dérive, aussi bien dans sa vie professionnelle que sur le plan intime. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre femme, Rachel semble combler le grand vide de son existence par l’alcool qui devient rapidement une addiction.

L’auteure joue alors sur ce point précis pour instaurer le doute dans la tête du personnage et dans celle du lecteur. Elle est le témoin clé d’une enquête et, pourtant, son comportement incohérent et obsessionnel la discrédite entièrement. le doute s’installe et constitue ainsi la base de l’intrigue. Car, même si nous avons accès à l’intériorité d’autres personnages, Rachel reste la narratrice de l’histoire. Sa fragilité psychologique se révèle donc être un gros handicap pour le lecteur qui remet en question ses dires. Là encore, les apparences occupent une place primordiale.

Mais nous savons que les apparences sont trompeuses, surtout lorsqu’elles sont vues par un personnage qui n’inspire pas confiance. C’est là que se situe le talent narratif de Paula Hawkins : faire douter pour mieux manipuler. Une fois le portrait de ses personnages dressé, elle amène un élément qui vient chambouler l’idée que le lecteur a pu se faire de tel ou tel protagoniste. Si bien que les hypothèses quant au coupable présumé vont et viennent sans qu’on sache qui a vraiment tué Megan Hipwell. Finalement, on soupçonne tout le monde, sauf le meurtrier.

La Fille du train est un roman psychologique réussi, porté par une écriture simple mais efficace. Le lecteur se laisse facilement berner, sans doute pour son plus grand plaisir. Le rythme imposé par la succession des points-de-vues vient se confronter à celui du récit, qui fonctionne en crescendo. Alors que la première partie élabore le paysage et le chaos intérieur des personnages, la seconde donne un coup d’accélérateur à une dynamique assez lente d’observation.

Nous sommes dans la tête de Rachel ; cependant, il est difficile de donner du crédit ou même s’attacher à ce personnage à la dérive. Son histoire personnelle permet de comprendre son comportement, sans toutefois l’approuver. Cette partie initiale du récit est finalement portée exclusivement par les délires d’une alcoolique en proie à un profond mal-être. Puis cette dimension contemplative est rompue par la disparition d’un personnage, ce qui va dérouter le récit et faire débuter une intrigue quelque peu macabre. Là encore, il ne faut pas se fier aux maigres connaissances offertes par l’auteure : elles ne sont données que pour aguicher et mieux manipuler le lecteur !

Miss Peregrine et les enfants particuliers

Titre : Miss Peregrine et les enfants particuliers

Auteur : Ransom Riggs

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Bayard jeunesse

Date de publication : juin 2011

Prix : 15€

Nombre de pages : 432

 

 

 

Résumé : Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante. Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l’enfermement et l’immortalité. Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé un partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ». Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela paraisse…

 

A la croisée des chemins entre réalité et surnaturel, ce premier opus de la célèbre saga pour adolescents excelle dans la mise en scène d’un univers original, aux allures sombres et envoûtantes. De la même façon que Camille dans La Quête d’Ewilan, on suit ici le personnage de Jacob qui découvre malgré lui un monde parallèle bien plus attrayant que la réalité qu’il côtoie. Intrigué par les découvertes récentes sur le passé de son grand-père, le jeune garçon se lance dans une enquête sur des phénomènes étranges, qui le dépassent.

Cette quête de la vérité devient rapidement une obsession : Jacob plonge littéralement dans un monde éloigné de la réalité, qu’il est le seul à pouvoir appréhender. Envers et contre tous, il continue donc ses recherches et se rend sur les lieux des mystérieux incidents décrits par son aïeul.

La rencontre avec une jeune fille très particulière va définitivement envoler les derniers doutes de Jacob et changer le cours de sa vie. Petit à petit, Jacob va trouver des réponses aux nombreuses questions qui fusent dans sa tête et rassembler chaque pièce du puzzle sur le passé de son grand-père et son implication dans cet univers parallèle.

Avec Miss Peregrine, Ransom Riggs signe une série fantastique haute en couleurs avec des personnages particuliers et très attachants. La menace extérieure qui pèse sur chacun d’eux rend cet univers encore plus instable et terrifiant, ce qui participe à l’implication obsessionnelle du jeune narrateur et la nôtre.

Mais sous cette couche fantastique se dissimule des faits historiques réels, liés à la seconde guerre mondiale. Le point de départ de cette histoire est en effet lié au personnage du grand-père qui a subi les sévices du nazisme : cet élément narratif constitue la base du récit.

Le monde parallèle élaboré par l’auteur est établi comme une allégorie des persécutions à cette époque. Fantastique et réalisme se mélangent de façon implicite : de la même façon que les juifs, ces enfants si particuliers se cachent du monde extérieur et cherchent à tout prix à éviter un bombardement par les nazis qui causerait leur perte. Plus largement, la mise en place de cet orphelinat est une image singulière qui montre de façon grandiose l’absurdité et la cruauté des persécutions par les humains à l’encontre des minorités.

Riquet à la houppe

Titre : Riquet à la houppe

Auteur : Amélie Nothomb

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Albin Michel

Date de publication : août 2016

Prix : 16,90€

Nombre de pages : 198

 

 

 

Résumé : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

 

Dans ce nouveau titre de la rentrée littéraire de 2016, Amélie Nothomb investit le conte éponyme de Perrault, selon une touche bien à elle. Revêtus de nouveaux noms aux sonorités originales, les deux protagonistes naissent à grandissent dans deux univers séparés par des chapitres. Entre un physique repoussant et un prénom difficile à porter, Déodat cumule les tares et évolue dans un système qui ne semble pas adapté. Il est néanmoins doté d’une intelligence hors du commun, ce qui se ressent dans sa vision du monde qui l’entoure. Le lecteur se retrouve alors dans la tête de cet enfant qui paraît démuni face au comportement des adultes et leur émerveillement à son égard. Dès sa naissance, son physique effraie, mais son cerveau suscite admiration.

De l’autre côté, la petite Trémière subit une autre forme de discrimination : elle est dotée d’une beauté fulgurante, mais semble peu intelligente. Alors que les autres enfants moquaient la difformité de Déodat, ils jouent de façon cruelle avec Trémière qui se laisse faire, pensant à la bienveillance de ses compagnons d’école. Cette innocence apparente est renforcée par le manque d’intérêt des parents pour leur petite fille. Cette dernière est en effet confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère, pour qui elle développe une affection et une admiration sans limite.

Ces deux personnages, à la fois très différents et pourtant si semblables, vont donc évoluer séparément jusqu’à leur rencontre fracassante, bien qu’attendue par le lecteur. Très vite, Déodat développe un goût prononcé pour les oiseaux, duquel il en découlera une véritable passion. Alors que son entourage espérait un métier plein d’avenir, correspondant à son potentiel intellectuel, ce choix de spécialiste des oiseaux est très mal vu, mais lui apporte une notoriété inattendue. Le Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb apporte une plus-value en ce point : en transmettant sa passion pour les oiseaux à son personnage principal, elle créé une œuvre unique et optimiste, bien loin du conte de Perrault dont elle s’est inspirée.

Cette reprise est l’occasion pour l’auteure de tenir un discours très marqué sur la beauté. Placée au cœur des préoccupations dans notre société actuelle, cette notion peut faire des ravages, aussi bien à travers la cruauté des enfants que celle des adultes. Les personnes extrêmement belles sont tout autant pointées du doigt que celles au physique ingrat (à voir le destin souvent désastreux des personnalités placées sous le feu des projecteurs). La société intègre le commun, pas l’extraordinaire, qui se retrouve lui dans l’art. Finalement, ces deux personnages hors du commun se retrouvent ensemble, en haut de l’affiche et, clin d’œil de l’auteur aux histoires d’amour funestes : ils sont heureux.