Songe à la douceur

Titre : Songe à la douceur

Auteur : Clémentine Beauvais

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Sarbacane

Date de publication : août 2016

Prix : 15,50€

Nombre de pages : 240

 

 

 

Résumé : Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il ne peut plus vivre loin d’elle. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?
Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans, à ce moment-là d’une vie, peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

 

Avec ce nouveau roman, Clémentine Beauvais signe son entrée dans la cour des grands. Car, même s’il n’est pas classé parmi les adultes, ce livre ne s’adresse pas seulement à ces adolescents qui, peut-être, ne percevront pas toute la magie et le désespoir que comporte cette histoire d’amour impossible.

Cette histoire est celle d’une rencontre fortuite, incongrue, tout sauf romantique. Eugène et Tatiana sont là pour accompagner leurs deux amis, follement amoureux. Tenir la chandelle à deux, pourquoi pas. Ils apprennent à se connaître au détour d’un café, d’une réception, d’une promenade à quatre. le charme s’opère sur la jeune Tatiana, mais fait fuir son compagnon d’infortune. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » : Eugène le sait, le vit, et s’en mordra les doigts dix ans plus tard… Tatiana, blessée et malheureuse, vit alors son premier chagrin d’amour.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’auteure effectue des sauts dans le temps aux moments opportuns du récit et joue ainsi avec la frustration du lecteur. Il faudra attendre plusieurs pages avant d’apprendre que la jeunesse des deux personnages ne fut pas la seule raison de leur échec amoureux. Au détour d’une conversation entre adultes, le roman prend alors une tournure bien plus dramatique que prévu.

Songe à la douceur célèbre l’amour, mais également la maturation d’un homme et d’une femme séparés par la fougue que fut leur jeunesse. Clémentine Beauvais dessine le portrait d’un quatuor contraire, mais complémentaire. Alors que le premier duo est amoureux, passionné, frivole ; le second est distant et introverti. Mais un saut de dix années dans le temps semble changer beaucoup de choses : on retrouve Tatiana et Eugène, jeunes adultes et transformés.

Elle est indépendante, gracieuse, plongée dans une thèse artistique ; lui a perdu toute frivolité, est un homme d’affaire ennuyeux, mais retrouve un éclat et une insouciance au contact de celle qui, autrefois, le laissait de marbre. Les retrouvailles de ces deux personnages se réalisent comme une danse, celle de la passion oubliée, fragilisée par un secret inconnu pour le lecteur.

Cette danse verbale est d’autant plus belle qu’elle est mise en lumière par l’écriture visuelle de l’auteure. On entend la musique au travers des mots : celle à la fois légère et onirique mais qui, à la seconde d’après, sombre dans un jeu de percussions qui prend aux tripes. le barrage que pourrait constituer une écriture en vers libres à la lecture prend alors tout son sens ; et va même au-delà : elle devient indispensable.

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Continuer

Titre : Continuer

Auteur : Laurent Mauvignier

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Minuit

Date de publication : septembre 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 240

 

 

 

Résumé : Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter. Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.

 

Continuer est un de ces livres rares qu’on aimerait recommencer une fois terminés. Il nous suit longtemps après l’avoir refermé : comme lors d’une rencontre amoureuse, on ne peut s’empêcher de penser à lui, au tourbillon de sentiments qu’il a su déclencher en nous. Ce roman est celui d’une relation houleuse entre une mère et son fils, constamment mise à l’épreuve par les attentes et les comportements de chacun. Un thème d’une banalité apparente, mais qui, sous la plume de Laurent Mauvignier, revêt une dimension fabuleuse.

Mère célibataire, Sybille se bat chaque jour pour garder la tête haute, malgré un homme qui éblouit par son absence et un adolescent à la dérive. Suite à une soirée qui a mal tourné pour son fils, elle prend la décision folle et désespérée de chercher un dépaysement total à travers un road-trip sur les terres du Kirghizistan.

Sybille ne maîtrise plus rien, mais elle est convaincue que ce voyage à cheval est la solution pour débloquer cette situation infernale et permettre à ce fils qu’elle ne comprend plus de s’ouvrir au monde. Elle est cependant loin de se douter qu’il ne sera pas la seule personne à devoir sauter des obstacles bien plus grands que lui.

Nous découvrons donc en même temps que ces deux personnages les paysages de ce sol lointain. Les descriptions n’affluent pas, pourtant l’ambiance et des parfums du Kirghizistan se font sentir à travers les mots. Dépaysant mais aussi enrichissant, ce voyage est l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus sur la personnalité et le passé de Sybille. Qui est vraiment cette femme prête à tout pour remettre son fils sur le droit chemin ? D’où lui vient cet acharnement ? Car, sous ses airs d’une grande fragilité, elle se révélera être quelqu’un de beaucoup plus fort que les personnes nocives qui l’entourent.

Continuer est un roman du dépaysement, de la découverte de soi, mais également de la violence. Violence des mots, violence des actes, le portrait de Samuel revêt tous les aspects de l’adolescent perdu, à la recherche d’un monde idéal, bien loin de celui de sa mère. La plume de Laurent Mauvignier a cette capacité de nous ouvrir les portes du psychisme de chacun de ses personnages.

Au désespoir d’une mère atterrée succède la provocation et le replis sur soi d’un fils incompris. Chaque monde intérieur nous est livré sans recul, avec violence et beauté, grâce à une écriture subtile, littéraire et rythmée, agissant comme une respiration saccadée.

Nous sommes la tête sous l’eau le temps d’un récit qu’il est difficile de quitter, même après le point final. Le tumulte d’émotions qui ressort des personnages et de cette relation, à la fois destructrice et bienfaisante, est si contagieux qu’il nous arracherait une larme souriante. Le lien musical qui ressort de cette épopée tragique achève le lecteur qui n’aurait pas encore succombé à la beauté du texte de Laurent Mauvignier.

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Petit pays

Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : août 2016

Prix : 18€

Nombre de pages : 224

 

 

 

Résumé : En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

 

Roman d’enfance, roman de guerre, Petit pays se présente comme un récit qui mêle les thèmes pour finalement se rassembler en un : l’identité. A l’insouciance de l’enfance succède la lucidité d’un jeune homme sur ses origines. Comment le bagage culturel s’impose-t-il à nous ? Et surtout, comment l’apprivoise-t-on ?

Autant de questionnements auxquels Gabriel va être confronté dans le pays de sa mère, celui de son enfance, à savoir le Rwanda. Pour lui et ses copains, la discrimination n’existe pas : ils appartiennent tous au même monde, celui de l’enfance régit par les jeux, l’amusement. Jusqu’à ce que le génocide Tutsi arrive : la haine et la violence des adultes déteint alors sur ces enfants, désormais guidés par un sentiment identitaire fort. On s’inscrit dans une communauté, de part la naissance, qu’il s’agit d’honorer avant tout.

Avec ce premier roman, Gaël Faye impose un style d’écriture à la fois poétique et extrêmement lucide. Suivant un récit composé en deux parties, l’avant et l’après génocide, cette plume mimétique devient grave dès que la violence des armes, des mots, apparaît.

Alors que la première partie du roman se veut légère, frivole, ennuyeuse parfois ; la seconde est au contraire teintée de noirceur, révélant ainsi la folie sombre des hommes. Tout ceci vu à travers les yeux d’un enfant de douze ans. Car quoi de plus fort, de plus touchant que de parler d’un pays à la dérive par le biais de l’insouciance ?

Pourtant, la barbarie des adultes agit comme un coup de massue sur ces enfants, qui prennent alors conscience de la réalité du monde contemporain et finissent par y participer. Cet équilibre entre la lumière et la part obscure des hommes est sans cesse mis à l’épreuve, spécialement dans la seconde partie du récit, et renforce l’équilibre-même du livre. Alors que l’ouverture renvoie souvent à une impression de naïveté lassante due à l’enfance, le reste du roman est intense, dévorant. de la noirceur de la guerre naît alors le style lumineux et poétique de Gaël Faye, celui qui retourne l’estomac, et le cœur.

 

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La fille du train

Titre : La fille du train

Auteur : Paula Hawkins

Genre : Thriller

Éditeur : Sonatine

Date de publication : mai 2015

Prix : 19,95€

Nombre de pages : 378

 

 

 

Résumé : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

 

A cheval entre thriller et roman psychologique, La Fille du train se situe dans la lignée des Apparences de Gilian Flynn. On remarque dès les premières pages de nombreuses similitudes entre les deux récits : un couple en apparence idéal, bien sous tous rapports. Jusqu’à ce que la vitrine éclate. Toutefois, le roman de Paula Hawkins possède de nombreux éléments romanesques qui lui sont propres, à commencer par ses personnages. En face du couple idéal se situe Rachel, la figure même de l’anti-héroïne.

En proie à de nombreux maux, la jeune femme est à la dérive, aussi bien dans sa vie professionnelle que sur le plan intime. Depuis que son mari l’a quittée pour une autre femme, Rachel semble combler le grand vide de son existence par l’alcool qui devient rapidement une addiction.

L’auteure joue alors sur ce point précis pour instaurer le doute dans la tête du personnage et dans celle du lecteur. Elle est le témoin clé d’une enquête et, pourtant, son comportement incohérent et obsessionnel la discrédite entièrement. le doute s’installe et constitue ainsi la base de l’intrigue. Car, même si nous avons accès à l’intériorité d’autres personnages, Rachel reste la narratrice de l’histoire. Sa fragilité psychologique se révèle donc être un gros handicap pour le lecteur qui remet en question ses dires. Là encore, les apparences occupent une place primordiale.

Mais nous savons que les apparences sont trompeuses, surtout lorsqu’elles sont vues par un personnage qui n’inspire pas confiance. C’est là que se situe le talent narratif de Paula Hawkins : faire douter pour mieux manipuler. Une fois le portrait de ses personnages dressé, elle amène un élément qui vient chambouler l’idée que le lecteur a pu se faire de tel ou tel protagoniste. Si bien que les hypothèses quant au coupable présumé vont et viennent sans qu’on sache qui a vraiment tué Megan Hipwell. Finalement, on soupçonne tout le monde, sauf le meurtrier.

La Fille du train est un roman psychologique réussi, porté par une écriture simple mais efficace. Le lecteur se laisse facilement berner, sans doute pour son plus grand plaisir. Le rythme imposé par la succession des points-de-vues vient se confronter à celui du récit, qui fonctionne en crescendo. Alors que la première partie élabore le paysage et le chaos intérieur des personnages, la seconde donne un coup d’accélérateur à une dynamique assez lente d’observation.

Nous sommes dans la tête de Rachel ; cependant, il est difficile de donner du crédit ou même s’attacher à ce personnage à la dérive. Son histoire personnelle permet de comprendre son comportement, sans toutefois l’approuver. Cette partie initiale du récit est finalement portée exclusivement par les délires d’une alcoolique en proie à un profond mal-être. Puis cette dimension contemplative est rompue par la disparition d’un personnage, ce qui va dérouter le récit et faire débuter une intrigue quelque peu macabre. Là encore, il ne faut pas se fier aux maigres connaissances offertes par l’auteure : elles ne sont données que pour aguicher et mieux manipuler le lecteur !

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

Titre : Miss Peregrine et les enfants particuliers

Auteur : Ransom Riggs

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Bayard jeunesse

Date de publication : juin 2011

Prix : 15€

Nombre de pages : 432

 

 

 

Résumé : Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante. Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l’enfermement et l’immortalité. Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé un partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ». Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela paraisse…

 

A la croisée des chemins entre réalité et surnaturel, ce premier opus de la célèbre saga pour adolescents excelle dans la mise en scène d’un univers original, aux allures sombres et envoûtantes. De la même façon que Camille dans La Quête d’Ewilan, on suit ici le personnage de Jacob qui découvre malgré lui un monde parallèle bien plus attrayant que la réalité qu’il côtoie. Intrigué par les découvertes récentes sur le passé de son grand-père, le jeune garçon se lance dans une enquête sur des phénomènes étranges, qui le dépassent.

Cette quête de la vérité devient rapidement une obsession : Jacob plonge littéralement dans un monde éloigné de la réalité, qu’il est le seul à pouvoir appréhender. Envers et contre tous, il continue donc ses recherches et se rend sur les lieux des mystérieux incidents décrits par son aïeul.

La rencontre avec une jeune fille très particulière va définitivement envoler les derniers doutes de Jacob et changer le cours de sa vie. Petit à petit, Jacob va trouver des réponses aux nombreuses questions qui fusent dans sa tête et rassembler chaque pièce du puzzle sur le passé de son grand-père et son implication dans cet univers parallèle.

Avec Miss Peregrine, Ransom Riggs signe une série fantastique haute en couleurs avec des personnages particuliers et très attachants. La menace extérieure qui pèse sur chacun d’eux rend cet univers encore plus instable et terrifiant, ce qui participe à l’implication obsessionnelle du jeune narrateur et la nôtre.

Mais sous cette couche fantastique se dissimule des faits historiques réels, liés à la seconde guerre mondiale. Le point de départ de cette histoire est en effet lié au personnage du grand-père qui a subi les sévices du nazisme : cet élément narratif constitue la base du récit.

Le monde parallèle élaboré par l’auteur est établi comme une allégorie des persécutions à cette époque. Fantastique et réalisme se mélangent de façon implicite : de la même façon que les juifs, ces enfants si particuliers se cachent du monde extérieur et cherchent à tout prix à éviter un bombardement par les nazis qui causerait leur perte. Plus largement, la mise en place de cet orphelinat est une image singulière qui montre de façon grandiose l’absurdité et la cruauté des persécutions par les humains à l’encontre des minorités.

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Riquet à la houppe

Titre : Riquet à la houppe

Auteur : Amélie Nothomb

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Albin Michel

Date de publication : août 2016

Prix : 16,90€

Nombre de pages : 198

 

 

 

Résumé : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

 

Dans ce nouveau titre de la rentrée littéraire de 2016, Amélie Nothomb investit le conte éponyme de Perrault, selon une touche bien à elle. Revêtus de nouveaux noms aux sonorités originales, les deux protagonistes naissent à grandissent dans deux univers séparés par des chapitres. Entre un physique repoussant et un prénom difficile à porter, Déodat cumule les tares et évolue dans un système qui ne semble pas adapté. Il est néanmoins doté d’une intelligence hors du commun, ce qui se ressent dans sa vision du monde qui l’entoure. Le lecteur se retrouve alors dans la tête de cet enfant qui paraît démuni face au comportement des adultes et leur émerveillement à son égard. Dès sa naissance, son physique effraie, mais son cerveau suscite admiration.

De l’autre côté, la petite Trémière subit une autre forme de discrimination : elle est dotée d’une beauté fulgurante, mais semble peu intelligente. Alors que les autres enfants moquaient la difformité de Déodat, ils jouent de façon cruelle avec Trémière qui se laisse faire, pensant à la bienveillance de ses compagnons d’école. Cette innocence apparente est renforcée par le manque d’intérêt des parents pour leur petite fille. Cette dernière est en effet confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère, pour qui elle développe une affection et une admiration sans limite.

Ces deux personnages, à la fois très différents et pourtant si semblables, vont donc évoluer séparément jusqu’à leur rencontre fracassante, bien qu’attendue par le lecteur. Très vite, Déodat développe un goût prononcé pour les oiseaux, duquel il en découlera une véritable passion. Alors que son entourage espérait un métier plein d’avenir, correspondant à son potentiel intellectuel, ce choix de spécialiste des oiseaux est très mal vu, mais lui apporte une notoriété inattendue. Le Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb apporte une plus-value en ce point : en transmettant sa passion pour les oiseaux à son personnage principal, elle créé une œuvre unique et optimiste, bien loin du conte de Perrault dont elle s’est inspirée.

Cette reprise est l’occasion pour l’auteure de tenir un discours très marqué sur la beauté. Placée au cœur des préoccupations dans notre société actuelle, cette notion peut faire des ravages, aussi bien à travers la cruauté des enfants que celle des adultes. Les personnes extrêmement belles sont tout autant pointées du doigt que celles au physique ingrat (à voir le destin souvent désastreux des personnalités placées sous le feu des projecteurs). La société intègre le commun, pas l’extraordinaire, qui se retrouve lui dans l’art. Finalement, ces deux personnages hors du commun se retrouvent ensemble, en haut de l’affiche et, clin d’œil de l’auteur aux histoires d’amour funestes : ils sont heureux.

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Danse d’atomes d’or

Titre : Danse d’atomes d’or

Auteur : Olivier Liron

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Alma

Date de publication : août 2016

Prix : 17€

Nombre de pages : 227

 

 

 

Résumé : Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s’éprennent follement, s’étreignent et s’aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparait sans un mot. Inconsolable, têtu, O. la cherche jusqu’à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d’adresse.
Librement inspiré d’Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d’atomes d’or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n’a pas besoin d’Orphée…
D’une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d’Olivier Liron s’inscrit dans le droit fil de L’écume des jours de Boris Vian.

 

Tout commence par un jeu, celui du « Post-it » : le narrateur, O., se découvre Orphée ; Loren, Eurydice. Suit alors un conte original, basé sur ce mythe, dans lequel deux personnes vont s’aimer follement le temps de quelques jours. La rencontre avec Loren va marquer la vie de O. : dès les premiers instants, il est fasciné par la jeune femme. Reine du spectacle la nuit, elle offre au narrateur une vie de bohème entre son petit appartement sous les toits et les promenades interminables dans les rues de Paris.

L’enthousiasme des personnages pour cette vie épicurienne est véhiculée par un rythme d’écriture à la fois scandé et allongé. La plume de l’auteur agit comme une mimétique du texte : ainsi les moments de contemplation de l’être aimé se transforment en un tableau d’émotions et la passion du narrateur dépasse le cadre du récit.

Danse d’atomes d’or est une histoire d’amour furtive et surtout intense : un amour qui se consume, se dévore et détruit. Nous sommes exclusivement dans la tête de O., le narrateur, si bien que nous vivons son amour mais aussi sa décontenance devant la tornade que représente la jeune femme.

La magie de la rencontre commence dès lors à s’effriter : ce personnage que l’on croyait invincible montre une petite part de faiblesse qui demeure incompréhensible. Cette brèche s’ouvre complètement lorsque Loren disparaît, sans rien laisser derrière elle. O. est désarmé, sans aucun moyen pour comprendre ou retrouver celle qu’il aime. Ce basculement du récit est également visible dans l’écriture qui prend la forme d’une complainte.

 

Entre polar, réécriture de conte et poésie, Olivier Liron signe un premier roman ambitieux, plein de charme, qui s’inscrit entre rêverie et descente aux Enfers. Ce livre nous rend vivants, donne envie d’être amoureux. Comme la passion qui y est décrite de façon crue et poétique, il se dévore. Le bagage culturel de l’auteur se ressent dans sa plume, mais ne s’impose pas comme une barrière avec le lecteur : il agit au contraire pour véhiculer toute la poésie présente dans le texte. Le titre du roman en est d’ailleurs la meilleure preuve.

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Au commencement du septième jour

Titre : Au commencement du septième jour

Auteur : Luc Lang

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Stock

Date de publication : août 2016

Prix : 22,50€

Nombre de pages : 544

 

 

 

Résumé : 4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

 

Ce nouveau roman de Luc Lang débute sur une allure des Apparences de Gillian Flynn. Thomas et Camille sont un couple de trentenaires dont le quotidien se trouve soudainement perturbé par la disparition de cette dernière. Certes, Camille ne s’est pas volatilisée comme Amy, mais est dans le coma après avoir subi un accident de la route. Le mystère qui règne autour de cet événement amène Thomas à se lancer dans une enquête qui vire à l’obsession.

L’écriture dense et tourmentée de Luc Lang participe à cet effet obsessionnel provenant du narrateur et du récit. Les blocs de texte s’enchaînent, suggérant un niveau de lecture avancé. Toutefois, cette exigence est atténuée par le rythme d’écriture imposé par l’auteur : les phrases sont saccadées, ponctuées de virgules à outrance et ignorant souvent les points finaux. Cette sensation d’essoufflement est guidé par le tourment intérieur et les réflexions continuellement élaborées par le narrateur.

Le récit prend une toute autre allure lors de la deuxième partie du livre : quelques temps après l’incident, le héros change une première fois de cadre. On retrouve le style incisif et dense de l’auteur, mais le caractère obsessionnel a complètement disparu. Les événements de la première partie du roman sont évoqués de façon évasive et ponctuelle, créant une importante source de frustration chez le lecteur.

Avec ce court voyage, Thomas se recentre sur sa famille et ouvre inopinément des secrets jusqu’alors enfouis. Encore une fois, Luc Lang flirte avec le polar, sans toutefois s’y atteler entièrement. Le récit est avant tout une histoire de vie tourmentée qui a du mal à s’apaiser.

Enfin, Thomas continue sa quête de vérité en embarquant pour l’Afrique afin de renouer avec sa sœur. Une fois n’est pas coutume, il va vivre autre chose que ce qui était prévu et se retrouve mêlé dans une sordide affaire d’espionnage. Malgré cet incident, nous découvrons avec lui les paysages et les coutumes de ce continent : le dépaysement est au rendez-vous, l’épuisement aussi.

 

Le roman se clôture donc sur cette dernière partie qui se révélera fructueuse sur de nombreuses interrogations et secrets de famille pour notre héros. Néanmoins, cette fin ouverte laisse également en suspens quelques points de l’intrigue, ce qui génère encore une fois une grande frustration pour le lecteur !

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Phobos, Origines

Titre : Phobos, Origines

Auteur : Victor Dixen

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Robert Laffont

Date de publication : juin 2016

Prix : 14,90€

Nombre de pages : 304

 

 

 

Résumé :

Six pionniers en apparence irréprochables.
Six jeunes terriens rongés par leurs secrets.
Six dossiers interdits, qui auraient dû le rester.

Ils incarnent l’avenir de l’humanité.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis,

L’émission de speed-dating la plus folle de l’histoire,

Destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.

Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé.
Le courage suffi t-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ? La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ? Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les  » héros de l’espace  » ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu’il ne soit trop tard.

 

Dans ce nouvel opus de la saga spatiale, Victor Dixen revient sur les origines des six prétendants du programme Genesis : quelle est leur histoire ? Qu’est-ce qui a poussé chacun d’entre eux à se lancer dans cette aventure à la conquête de Mars ? Toutes ces interrogations sur la vie des personnages trouvent une réponse dans un roman choral : les points-de-vues s’alternent, donnant un rythme de lecture intense, et finissent par se recouper. Tour à tour, les garçons prennent la parole, nous livrent leur intériorité et dressent ainsi six portraits très différents mais tout à fait crédibles. Toutefois, le programme Genesis n’est jamais très loin.

Alors que le lecteur, connaisseur ou non de la saga, apprend rapidement à connaître chaque prétendant, les chapitres alternent entre « voix on » et « voix off », partageant alors les différentes étapes avant la sélection de chaque candidat. Mais, contrairement aux deux premiers tomes de la saga, le point-de-vue adopté est toujours celui du prétendant, nous n’avons en aucun cas accès à la face cachée de la caméra. L’objectif de ce récit « hors série » est de faire une pause dans l’intrigue de la saga Phobos, afin de mettre en lumière les raisons qui font que ces six garçons se sont lancés dans le programme Genesis.

Une fois de plus, la richesse de l’imagination de l’auteur est au rendez-vous. Non pas dans la construction d’un univers de science-fiction, mais dans l’élaboration de six parcours de vie, aussi passionnants les uns que les autres. Phobos possède cette qualité romanesque mise en scène de façon remarquable par l’auteur : le suspense est à son comble et est ici renforcé par un rythme de lecture à toute épreuve. La construction du récit en six actes, ainsi que l’alternance des voix hors antenne rendent le récit savoureux et inscrivent la lecture dans un rapport de dévoration.

Chez Victor Dixen, suspense rime avec frustration : encore une fois, le livre se finit en apothéose par une révélation qui ne manque pas de renforcer un désir déjà insatiable de lecture !

Alors qu’il nous avait habitués à un récit compris dans une pagination très dense, l’histoire de chaque prétendant est ici relatée dans une cinquantaine de pages seulement. Cet espace d’écriture minime bouscule le lecteur : il met à mal la relation d’attachement à chaque personnage.

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