Appelle-moi par ton nom

Titre : Appelle-moi par ton nom

Auteur : André Aciman

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : février 2018

Prix : 20,90€

Nombre de pages : 336

 

 

Résumé : Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…

Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.

 

Publié pour la première fois en 2007 aux éditions de l’Olivier, le roman d’André Aciman connaît une seconde vie grâce à l’adaptation de son histoire au cinéma. Réédité chez Grasset en 2018, peu de temps avant la sortie du film, Call me by your name renaît sous un nouveau titre mais avec la même traduction française du texte.

Appelle-moi par ton nom est l’histoire d’une passion adolescente entre deux hommes que tout oppose : leur classe sociale, leur âge, et plus tard leur destin. Comme tous les étés, la famille  d’Elio, le jeune narrateur de 17 ans, passe ses vacances dans une maison de campagne, loin du rythme incessant du reste de l’année.

Dès l’ouverture du récit, le décor est planté : idyllique, reposant, atemporel. Jusqu’à ce qu’un invité arrive dans ce cadre pourtant reculé du reste du monde… Aussitôt fasciné par ce jeune étudiant, Elio nous livre avec une transparence insouciante le tumulte de ses sentiments, de ces nouveaux sentiments contradictoires qu’il ne maîtrise pas. Peu à peu, nous assistons à la découverte de la passion, de cet état incontrôlable, incompréhensible, qu’est la naissance de l’amour chez un adolescent. Les sentiments sont amplifiés, les réactions excessives ou inexistantes.

André Aciman nous raconte la passion, sous une plume au contraire contrôlée, dénuée de tout effluve narratif, avec un vocabulaire, une culture riche et précise. Composé en plusieurs parties pensées comme des chapitres, le récit progresse d’abord lentement,  telle une mimétique des sentiments naissants chez ce jeune narrateur qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Le lecteur, au contraire, peut saisir cet effet de style de la part de l’auteur, sans pourtant y adhérer : cette lenteur du rythme narratif peut perdre le lecteur autant que le fasciner. Mais n’est-ce pas là le propre de la passion ? Car avant tout contact physique commencent les premiers signes : les effleurements, les comportements incompris, les réactions démesurées. Avec cette rencontre inattendue, c’est lui-même qu’Elio découvre : la naissance de ses sentiments, son désir, sa sexualité… On assiste à l’épanouissement progressif d’un adolescent à travers une relation certes houleuse, mais qui le marquera pour le reste de sa vie.

 

Avec Appelle-moi par ton nom, André Aciman nous offre une belle histoire, sincère et touchante, sur le premier amour et la découverte du désir. Malgré cela, malgré cette description sincère et juste du tumulte qui règne chez l’adolescent, la dernière partie du récit est la découverte la plus intéressante du roman. Au désir, aux sentiments passionnels, se succèdent les années et, avec elles, arrive la nostalgie. La nostalgie de cet été plein de promesses et de découvertes qui restera, dans l’esprit du jeune narrateur devenu adulte autant que dans celui du lecteur, une période majestueuse.

Un grand merci aux éditions Grasset pour cette belle découverte ! Et, en attendant la sortie du film en salles, la bande annonce :

Please follow and like us:

Pactum salis

Titre : Pactum salis

Auteur : Olivier Bourdeaut

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Finitude

Date de publication :janvier 2018

Prix : 18,50€

Nombre de pages : 256

 

 

 

Résumé : Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour « réussir ». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit. Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.

 

Ce fut l’un des succès retentissant de l’année 2016 : écoulé à plus de 500 000 exemplaires toutes éditions confondues, En attendant Bojangles a indéniablement fait rentrer son auteur dans le monde de la littérature. Car, plus encore que ce roman d’une émotion et d’une intensité à toute épreuve, on vient à croire que l’histoire de son auteur a grandement participé à l’écho du livre. Avec En attendant Bojangles, un écrivain est né.

De fait, comment composer « l’après Bojangles » ? Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut propose un second roman très différent du premier. Certes, on ne pourra empêcher les comparaisons et pour cause : on retrouve des similitudes qui font et entretiennent l’univers de l’auteur. A commencer par une écriture dansante, empreinte d’une certaine poésie. Toutefois, alors qu’elle apportait une grande légèreté à un sujet sombre, elle gagne cette fois-ci en intensité, en vocabulaire, en précision et assombrit une ambiance déjà pesante.

On délaisse le conte fantasque pour un récit violent et sensuel, plus ancré dans la réalité. Mais l’humour n’est jamais loin pour apporter un rayon de lumière et permettre au lecteur de prendre du recul sur certaines situations qui, jusqu’alors très sombres, prennent soudainement un tournant ridicule, burlesque. Le rire est toujours présent chez Olivier Bourdeaut, comme un frein à la noirceur du monde qu’il met habilement en scène.

Pactum salis est l’histoire d’une amitié, d’une inimitié, scellée par un pacte de sel. On ne saurait décrire la nature exacte de cette relation naissante entre deux hommes que tout oppose et qui vont se rencontrer au cœur de la Baule. L’un est paludier, aux tendances misanthropes, et vit en autarcie dans les marais salants ; l’autre est agent immobilier, parisien et au centre du monde y compris dans les endroits les plus reculés, comme Guérande. Deux personnalités fortes, aux antipodes l’une de l’autre, et qui finiront (ou pas) par s’accorder le temps de quelques jours.

Olivier Bourdeaut nous fait voyager dans un décor pittoresque qui séduit par son originalité et sa beauté. Mais cette tranquillité apparente va être bouleversée par l’arrivée d’un parisien effronté et, avec lui, la violence et les excès du monde. Pactum salis n’est pas seulement le récit d’une amitié chaotique entre deux hommes, c’est à travers elle un roman sur les relations humaines et la fatalité du monde qui les anime. On regrettera toutefois le grand bol d’émotions qui, porté par une écriture insouciante et poétique, faisait tout le charme d’En attendant Bojangles

 

Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut confirme la place d’écrivain qui lui avait été grandement attribuée lors de son premier roman. Une histoire originale, intense, empreinte d’un certain suspense, plantée dans un décor idyllique, et portée par une écriture à la fois dense, poétique et légère : tels sont les ingrédients qui façonnent le talent d’Olivier Bourdeaut qui, on l’espère, continuera à ravir des milliers de lecteurs.

Please follow and like us:

What light

Titre : What Light

Auteur : Jay Asher

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : octobre 2017

Prix : 14,95€

Nombre de pages : 284

 

 

 

Résumé : Un premier amour inattendu

Le poison de la rumeur

Le récit d’une seconde chance

 

Après le succès de son précédent livre adapté par Netflix sous le même titre, 13 reasons why, Jay Asher revient avec un nouveau roman mettant également en scène des relations houleuses entre plusieurs adolescents.

Cette histoire se passe cette fois dans une période très restreinte, à savoir à Noël. Le récit s’ouvre sur la vie d’une adolescente bien entourée par sa famille et ses deux meilleures amies. Jusqu’à ce que, comme tous les ans, elle parte avec ses parents faire tourner l’entreprise familiale de vente de sapins, à plusieurs kilomètres de l’Oregon, en Californie. A ce moment-là débute réellement l’histoire : comment une adolescente studieuse, bien entourée, va-t-elle voir sa vie basculer lors d’une rencontre ?

 

Pour son deuxième roman, Jay Asher choisit une ambiance beaucoup moins sombre que dans le livre précédent, mais aussi moins marquante. On laisse donc de côté le thème du suicide pour celui d’une relation amoureuse plus commune entre deux adolescents. Un point commun entre les deux histoires cependant : le poids de la rumeur. Mise en scène de façon moins excessive, elle s’insinue dans la petite ville de Californie et vient rapidement s’immiscer dans les conversations des habitants.

Comme chaque année à Noël, Sierra arrive donc dans l’entreprise familiale et retrouve son amie d’enfance. Mais cette année, et contre toute attente, la jeune femme fait une rencontre qui pourrait bien changer sa façon de voir le monde. Poussée par son amie, Sierra accepte – plus pour mettre fin au débat que par réelle conviction – de s’ouvrir à une relation amoureuse. Elle fait la connaissance de Caleb, un jeune homme mystérieux, qui semble beaucoup s’intéresser à elle.

Mais, alors qu’elle commence à se prêter au jeu de la fameuse rencontre, Sierra est stoppée net par son amie : une rumeur court sur Caleb, le rendant alors inaccessible. Accusé à tort ou non (nous ne le découvrirons que bien plus tard, en même temps que l’héroïne), toute la ville semble se fier à cette rumeur. Caleb est traité comme un être dangereux, à ne pas approcher de trop près, autant par les adolescents que par les adultes. Mais, troublée par le charme et le mystère du jeune homme, Sierra décide malgré tout de découvrir la vérité.

De la même façon que pour 13 reasons why, What light montre la force dévastatrice de la rumeur et les conséquences qu’elle peut engendrer autant pour les responsables que pour les victimes. En cela, l’œuvre de Jay Asher transmet une touchante leçon d’humanité : les victimes ne sont pas forcément celles que l’on croit.

Toutefois, la portée de ce nouveau récit est beaucoup plus timide que le précédent. Alors que 13 reasons why transmettait un tumulte d’émotions navigant entre peur et frissons, What Light laisse une impression beaucoup plus fade à la lecture. Certes, les relations d’amitié entre l’héroïne et son entourage sont souvent touchantes, mais faciles et sans grand risque. Le portrait de chaque personnage est réalisé de façon simple, voire caricaturale : face à la jeune femme studieuse, généreuse, se protégeant des relations amoureuses, se dresse le jeune homme sombre, mystérieux, au passé trouble.

Quand on repense à l’originalité et la subtilité avec laquelle Jay Asher traitait d’un sujet aussi sensible que le suicide, quelle déception de le retrouver dans une histoire d’amour entre deux adolescents aux traits déjà vus et revus ! Heureusement, l’écriture agréable de l’auteur et la période lumineuse de Noël offrent à cette histoire trop commune une couverture chaude et soigneuse.

 

Une histoire lumineuse à lire au coin du feu pendant la période de Noël. On regrettera toutefois la disparition complète de toute l’originalité de l’auteur de 13 reasons why, à savoir des personnages subtilement travaillés et dont les relations aussi passionnelles que destructrices ont contribué à créer une atmosphère dangereusement intense. Dommage !

Please follow and like us:

A la place du cœur

Titre : A la place du cœur

Auteur : Arnaud Cathrine

Genre : Littérature jeunesse

Éditeur : Robert Laffont

Date de publication : septembre 2016

Prix : 16€

Nombre de pages : 252

 

 

 

Résumé : Six jours dans la vie de Caumes qui vit son premier amour. Six jours de janvier 2015 où la France bascule dans l’effroi. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu’une chose : à la fin de l’année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un « plus si affinités »…

Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s’annonce et la perspective obsédante de la « première fois ». Sauf que le lendemain, c’est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l’entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes…

À la place du cœur, c’est ça : une semaine, jour après jour, et quasiment heure par heure, à vivre une passion sauvageonne et exaltante ; mais une semaine également rivée sur les écrans à tenter de mesurer l’horreur à l’œuvre, à tenter de ne pas confondre l’information en flux continu avec un thriller télé de plus. Comment l’amour (qui, par définition, postule que « le monde peut bien s’écrouler ») cohabite-t-il avec la mort en marche ? Comment faire tenir ça dans un seul corps, dans une seule conscience ? Comment respirer à fond le parfum de la fille qu’on aime et comprendre, dans le même temps, que le monde qui nous attend est à terre ?

 

Sujet sensible, le terrorisme envahit nos villes, nos pensées, notre culture. Et pourtant, il demeure peu visible dans notre littérature, spécifiquement à l’égard du jeune public. Comment transmettre ce phénomène qui agite notre société quand nous-même ne le comprenons pas ? Là est le pouvoir de la fiction.

Déjà connu pour bousculer les consciences et parler de sujets épineux, Arnaud Cathrine emploie dans ce roman pour grands enfants et adolescents des mots bruts, un niveau de langue familier mais adapté pour parler avec douceur et sensibilité d’un thème d’une grande violence.

En confrontant son narrateur à un événement que bon nombre d’adolescents vivent à cet âge (à savoir les premières expériences amoureuses), l’auteur allège un récit qui aurait pu s’avérer très lourd, de forme comme de sens. Vie et mort se côtoient alors dans la vie du jeune Caumes qui, désemparé, éprouve une culpabilité certaine à être heureux dans un tel moment d’effroi. Car, comment participer à la construction de son identité quand celle de son pays est remise en question ?

Violence physique, violence psychique, violence verbale : les événements s’enchaînent et les comportements changent. Un troisième élément du récit vient bouleverser ce jeune garçon qui peine à donner un sens au chaos qui se forme autour de lui. Parallèlement à son histoire d’amour naissante, Caumes voit un de ses liens d’amitié se tordre. Il n’est pas le seul à se chercher, à difficilement trouver son identité propre. Néanmoins, le parcours de son ami Hakim semble plus compliqué à tracer encore, et établit (indirectement peut-être) une illustration parfaite de la violence à grande échelle dans laquelle la France bascule à cet instant. Le jeune homme se retrouve au cœur d’une intimidation lancée par un groupe de lycéens : avec un prénom d’origine arabe, une sagesse d’esprit et une identité sexuelle encore très floue, Hakim semble être la cible parfaite pour Kévin et son groupe, les caïds du lycée. Sans doute une manière pour l’auteur d’exprimer un appel à la tolérance, de montrer que les rôles de victimes et de bourreaux peuvent à tout moment s’inverser, y compris dans un milieu protégé comme le cadre scolaire.

A l’image de son frère, Caumes veut s’inscrire dans le grand chamboulement politique qui transperce le pays. Mais comment trouver sa place dans toute cette agitation politique à laquelle même les adultes semblent ne rien comprendre, outre la violence et le danger qui en découlent ? L’occasion pour Caumes et ses amis de compter et d’agir sans l’accord de leurs parents respectifs. Car c’est aussi cela grandir : se construire une identité de corps, de cœur et d’esprit ; les événements tragiques ne faisant que faire basculer plus rapidement les adolescents de l’innocence de l’enfance à la gravité de l’âge adulte.

 

A travers une écriture ultra-contemporaine et mimétique du langage adolescent, Arnaud Cathrine réussit à mettre les mots et l’esprit sur une page sombre de notre histoire. En croisant plusieurs événements apparemment sans lien direct entre eux, il dresse un roman clé sur la tolérance et la construction de l’identité dans un monde chaotique, incompréhensible, mais toujours rattaché à la vie.

Please follow and like us:

Farallon Islands

Titre : Farallon Islands

Auteur : Abby Geni

Genre : littérature contemporaine

Éditeur : Actes Sud

Date de publication : juin 2017

Prix : 22,80€

Nombre de pages : 384

 

 

 

 

 

Résumé : Au large de la Californie, sur une île inhabitée au cœur d’un archipel quasi inaccessible et livré aux caprices des vents, Miranda, jeune photographe spécialisée de la faune sauvage, découvre un monde parallèle aussi séduisant que terrifiant, où la menace vient tout autant de la spectaculaire hostilité de la nature que de l’étrange micro-communauté scientifique qui l’accueille. Abby Geni signe un premier roman comme un grand-huit des sensations, et pose un univers inoubliable, à mi-chemin entre David Vann et Laura Kasischke. 

 

Le ton est donné dès les premières phrases, les premiers mots employés. Le rythme d’écriture est haletant, sec, cassant, et offre ainsi une mimétique parfaite de l’ambiance tapissée par Abby Geni dans ce premier roman.

Consacré de prime abord à la découverte d’une île mystérieuse, le voyage réalisé par cette jeune photographe et l’équipe de biologistes qu’elle accompagne se transforme progressivement en un enchaînement de situations de survie. Férocité des animaux, magnificence et terreur des paysages, cette île semble regorger de secrets, constituant alors une aura qu’aucun des hommes ne parvient à percer. La richesse du travail des chercheurs provient directement de là : comment capter, comprendre ce lieu et les regards qu’il comporte ? Finalement, la photographie semble être le moyen le plus adéquat pour transporter et transformer les espèces naturelles présentes.

Mais ce qui provoque réellement le sentiment d’obscurité et de danger, ce sont les hommes plus que les rochers, les animaux ou encore les vagues. A la croisée des chemins entre Shutter Island de Dennis Lehane et les Dix petits nègres d’Agatha Christie, Farallon Islands suggère un univers étouffant, angoissant, voire agonisant dans lequel les disparitions et la violence rythment les journées de cette équipe scientifique.

Grâce à cette écriture elle-même porteuse d’une certaine terreur, l’auteure nous entraîne dans un tourbillon noir, qui tangue tantôt avec l’imaginaire d’une narratrice déboussolée, tantôt avec une frontière poreuse entre réalité et fantastique. On cherche à expliquer un enchaînement d’événements parfois scabreux : cette île est-elle à ce point mystérieuse, à ce point vivante, qu’elle réparerait elle-même les injustices des hommes qui l’habitent ?

Plus que l’endroit, le danger provient des personnages. Le recours à la focalisation interne dans la construction du récit participe à cette impression d’isolation et d’étouffement qui ressort de la lecture. Nous voyons, nous ressentons à travers la narratrice, Miranda. Située derrière l’objectif de son appareil, elle est dans une position d’observatrice du paysage et des personnes qui l’entourent.

Désir de retrait, de protection, elle va pourtant prendre pleinement conscience de son existence sur cette île suite à un événement malencontreux qui la poussera à (enfin) agir. Mais trouver sa place d’artiste et de femme dans cette communauté ultra restreinte se trouve finalement être beaucoup plus difficile que de s’accoutumer du lieu et du mode de vie qu’il impose. Le temps s’étire, les animaux domestiques sont exotiques, la nourriture affamante. Rien ne semble fonctionner comme de coutume sur cette île qui impose un rythme à la fois infernal et terriblement long, déconnecté du reste du monde. Même l’isolement que s’impose la narratrice dans sa chambre ne lui offre aucun répit, aucune respiration, et l’entraine malgré elle dans cette spirale infernale qui l’engloutit un peu plus chaque jour. Une seule question parcourt l’esprit du lecteur lorsqu’il parvient à se détacher de ce récit hypnotique : Miranda repartira-t-elle vivante de Farallon Islands ?

 

Abby Geni signe un premier roman terriblement intense, porté par une écriture originale et rythmée. Les mots s’enchaînent, les émotions aussi : on est fasciné par ce faux huis-clos qui abrite des personnages plus mystérieux et angoissants encore que le lieu titanesque sur lequel ils sont. Un grand coup de cœur !

 

Please follow and like us:

Quand on n’a que l’humour

Titre : Quand on n’a que l’humour

Auteur : Amélie Antoine

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mai 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 417

 

 

 

Résumé : C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter. Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment.
Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage. C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent. Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension. Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.
C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

 

Après le succès inattendu de son roman Fidèle au poste, Amélie Antoine revient avec un récit tout aussi original que le précédent, dans lequel on voit se dessiner le style émouvant de la jeune auteure. Quand on a que l’humour est l’histoire d’un clown triste, l’histoire d’un homme qui passe sa vie à faire rire les autres pour éviter de pleurer la sienne.

Le roman s’organise en deux parties : la première consacrée à Edouard, cet homme qui force l’admiration des hommes venus rire avec lui, et la seconde accordée à son fils Arthur. Cette organisation duale du récit a quelque-chose de déstabilisant : alors qu’on suivait aisément les avancées et les retours dans le passé du célèbre Edouard Bresson, jusqu’à fusionner avec lui, la seconde partie s’ouvre effrontément par le point-de-vue de celui que l’on ne connaît pas encore.

Il faudra alors quelques lignes pour comprendre que ce père absent, déconnecté de la réalité qui est celle du narrateur n’est pas la figure paternelle autoritaire et incompatissante décrite par le jeune Edouard, mais bien Edouard lui-même, vu à travers les yeux de son propre fils. Le jeu se renverse, le temps bascule et notre clown préféré prend malgré lui la place qu’il a rejetée en bloc durant toute son existence : celle du père détesté.

La grande force d’Amélie Antoine se situe dans les portraits de ses personnages. Qualité déjà visible dans Fidèle au poste, elle est ici décuplée dans la relation complexe qui lie un père et son fils, et saisissante dans le portrait d’un artiste malheureux, malgré les apparences. D’une partie à l’autre, l’auteure provoque des sentiments et des réactions différentes chez le lecteur : alors que le récit d’Edouard engendre l’émotion, la compassion, celui d’Arthur est composé sur un effet de suspense, signe de cette touche policière chère à l’auteure.

Quand on a que l’humour n’est pas un roman policier et, pourtant, le récit nous propose une enquête à résoudre en même temps que le narrateur. Fidèle au genre toutefois, le voile sera levé sur le mystère qui régie cette seconde partie à la toute fin du roman. Après les hypothèses ratées, les doutes suggérés, le récit s’achève finalement sur un profond apaisement pour le narrateur et le lecteur qui garde le sourire aux lèvres en refermant le livre.

Malgré le changement de point-de-vue et d’ambiance au milieu du roman, Quand on a que l’humour nous raconte l’histoire d’un homme aujourd’hui célèbre, porté par un public léger mais exigeant et qui dissimule une intériorité et un passé plus sombres. Derrière la façade joyeuse et accessible se cache un homme gouverné par des choix de vie bancals. Après une enfance et une adolescence rudes, Edouard a enfin obtenu son Saint Graal : le respect et l’admiration des autres. Mais, une fois ce but ultime atteint, est-il finalement heureux ?

A travers ce portrait de clown triste, Amélie Antoine interroge, nuance, et nous questionne sur un enjeu philosophique et culturel : la célébrité et l’admiration du monde nous rend-t-elle heureux ? Référence à Jacques Brel, lui aussi une grande figure d’artiste, Quand on a que l’humour s’inscrit avec élégance et émotion dans la lignée de ces romans qui, grâce à la fiction et à une plume simple mais subtile, véhiculent émotions et questionnements sur le monde contemporain.

 

A la hauteur de son précédent récit, Amélie Antoine nous offre une fois de plus une histoire forte et touchante à travers des personnages terriblement attachants.

 

Please follow and like us:

J’ai toujours cette musique dans la tête

Titre : J’ai toujours cette musique dans la tête

Auteur : Agnès Martin-Lugand

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2017

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 361

 

 

 

Résumé : Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin. Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

 

Comme ses précédents titres, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand était très attendu. On retrouve sa plume agréable et fluide qui porte une histoire dans laquelle l’inattendu vient se mêler au quotidien. Encore une fois, les personnages sont des hommes et des femmes qui lui ressemblent : la petite quarantaine, une vie de couple et de famille épanouie… Bref, un idéal de vie bourgeoise peint de façon convenue mais parlante.

Toutefois, J’ai toujours cette musique dans la tête possède une tonalité jusqu’alors inconnue chez cette auteure à succès : le suspense. Car sous cette apparence parfaite, on pressent un événement plus noir arriver, déjà amené par la quatrième de couverture du livre. Plus qu’un spoiler, cette annonce crée en réalité une tension permanente pendant la lecture. Quand et surtout comment le vernis de cette vie parfaite va-t-il s’effriter ?

Au fil des pages, l’auteure construit le récit de façon à endormir l’attention de ses personnages et, par extension, de ses lecteurs. Mais lorsqu’il tombe, très tardivement, le couperet n’est pas aussi spectaculaire que le trailer pouvait le laisser croire. Le moment de basculement se fait de façon brutale, violente, mais finalement peu crédible. La tombée du voile est impromptue et la période sombre, en proie au doute, est minimisée aussi bien dans le temps que dans l’action. Le récit se veut positif, résolu, et toute la tension dramatique suscitée pendant la moitié du roman retombe comme un soufflet.

Le schéma narratif de ce livre n’est pas sans rappeler un de ses contemporains : D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Alors que l’héroïne traverse une période de doute, un autre personnage vient s’intégrer doucement au cadre, apparaissant alors comme une personne providentielle, présente pour apporter une solution à cette situation de crise. Une fois intégré, il se rend progressivement indispensable, toujours sous couvert d’une bienveillance endormante, et arrive ainsi à susciter une confiance aveugle de la part de l’héroïne. Dans le roman d’Agnès Martin-Lugand, on est bien loin de cette dimension terrifiante amenée de façon subtile et spectaculaire par Delphine de Vigan… Pourtant, l’alternance des points-de-vues entre Véra et Yanis permettait également de plonger le lecteur dans le regard aveugle de ces deux victimes et endormir ainsi toute méfiance vis-à-vis du comportement des autres personnages.

 

Agnès Martin-Lugand nous surprend dans ce nouveau roman qui mêle une tension dramatique forte au quotidien embelli d’un couple solide. Mais le basculement final peut décevoir et inscrire cette auteure dans le paysage de la littérature française du divertissement.

Please follow and like us:

Maman a tort

Titre : Maman a tort

Auteur : Michel Bussi

Genre : Thriller

Editeur : Presses de la cité

Date de publication : mai 2015

Prix : 22,50€

Nombre de pages : 512

 

 

Résumé : Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit. Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide. Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple. Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent. Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche. Le compte à rebours a commencé. Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent. Qui est Malone ?

 

On connaît Michel Bussi pour ses thrillers haletants. Maman a tort mêle deux récits : celui des retombées d’un braquage auquel se superpose les lamentations d’un enfant de 3 ans qui affirme que sa mère n’est pas sa vraie mère. A priori les deux événements n’ont rien à voir, hormis un personnage présent sur les deux fronts : la commissaire Marianne Augresse. Pourtant, il est prévisible que ces deux récits, qui ponctuent le roman à tour de rôle, finissent par se recouper. Mais très vite, le prévisible laisse la place à de nombreuses surprises : grâce à sa présence sur les deux fronts, le lecteur découvre peu à peu les secrets de chacun et pense avoir une main mise sur les différents dénouements de l’histoire. Certes on en apprend un peu plus sur l’enquête du braquage et l’identité du petit Malone, mais le récit prend parfois des tournants insoupçonnés. Si bien que l’attention du lecteur est sans cesse relancée.

Grâce à une écriture agréable et fluide, il est facile de suivre chaque histoire du livre et de s’attacher à ses personnages. Le récit est plus particulièrement centré sur Malone et Marianne Augresse. Il est moins évident de cerner le caractère du petit garçon, dans la mesure où lui-même cherche à se construire malgré son histoire déroutante. Malone est un enfant renfermé qui a pour seuls amis sa peluche Gouti et son psychologue scolaire Vasile Dragonman. Troublé par les confidences du petit garçon, ce dernier décide d’avertir la police, et plus particulièrement la commandante Augresse. Au début sceptique, Marianne finit par se prêter au jeu.

Grâce à un point-de-vue qui alterne entre ces trois personnages, le lecteur avance plus vite dans l’enquête que la police, ce qui génère une certaine frustration. La focalisation interne sur le petit Malone est également intéressante : nous avons accès à ses sentiments, mais également aux histoires de Gouti, sa peluche. Au début, cet élément peut paraître assez déroutant. Nous écoutons avec cet enfant des récits fantastiques où se mêlent toutes sortes de créatures imaginaires : des ogres, des loups, des chevaliers, des sorcières agissant dans des décors de contes : des châteaux, des forêts… Malone écoute ces histoires avec énormément d’attention, à tel point qu’il transpose toutes ces données dans la réalité. Cela participe au mystère qui entoure le récit : le lecteur a lui-même du mal à interpréter l’univers merveilleux raconté par Gouti. Les noms choisis par l’auteur participent également à cet univers : Augresse, Dragonman, Moulin… Comme si tous ces personnages faisaient partie des histoires de Gouti.

Quant au personnage de Marianne Augresse, il est aussi particulier : au travail, c’est une femme forte et respectée. Mais sa vie personnelle est tristement vide. Elle n’a pas connu beaucoup d’hommes malgré son âge déjà avancé. Son plus grand regret et de ne pas avoir d’enfant. Son objectif est alors de rencontrer le futur père de son enfant avant qu’il ne soit trop tard. Un personnage qui attire autant la sympathie que la compassion, malgré un effort de cacher ces failles.

Maman a tort n’est donc pas un livre pour les enfants, mais sur l’enfance. Sur ce sujet, le personnage du psychologue scolaire est très riche : lors de ses nombreuses rencontres avec la commandante, il lui explique les raisons du comportement étrange de Malone, dû selon lui à un traumatisme profond. Ses théories s’appuient notamment sur la conception et la construction de la mémoire dans la petite enfance. Grâce à ces nombreux éléments expliqués par Vasile, le lecteur découvre comme Marianne les rouages de la mémoire et peut ainsi avancer petit à petit dans l’enquête. Nous faisons alors confiance à l’auteur qui a bien entendu dû réaliser des recherches conséquentes sur le sujet.

La relation entre la mère et son fils est également mise en avant dans ce roman. Malone répète que sa maman n’est pas sa vraie maman, ce qui n’est pas anodin pour un enfant de son âge. Outre l’histoire qui se cache derrière ces paroles, la relation fusionnelle entre un enfant et sa mère semble être mise en danger, ce qui révèle pour le psychologue un véritable problème. Comme le corps enseignant ou la police, le lecteur est dans les premiers temps surpris de l’importante accordée à ce détail par le psychologue. Néanmoins, les révélations de plus en plus surprenantes de Malone font douter et intriguent de plus en plus au fil du récit.

 

Encore une fois, Michel Bussi nous livre un thriller prenant et original. L’alternance des récits et la particularité des personnages tiennent le lecteur en haleine. Malgré une étape romanesque prévisible, la tournure des événements n’a de cesse de nous surprendre.

Please follow and like us:

D’après une histoire vraie

Titre : D’après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : JC Lattès

Date de publication : août 2015

Prix : 20€

Nombre de pages : 484

 

 

 

Résumé : Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.

 

Ce récit est l’histoire d’une relation opaque entre deux femmes : Delphine, double de l’auteure, et L., personnage énigmatique dont on ne connaît rien, même pas le nom. Sous une apparence bienveillante, elle s’insinue progressivement dans la vie de cette auteure, fragilisée par une panne d’écriture sévère.

Il ne se passe donc pas grand chose dans ce roman qui, pourtant, engendre une lecture hypnotique. Alors que Delphine ne mesure pas l’incidence de L. dans sa vie, très proche de la manipulation mentale, le lecteur se pense au contraire omniscient. Extérieur à l’histoire, il possède le recul nécessaire pour juger cette relation complexe. Cette impression de toute puissante est renforcée par le dénigrement du personnage envers lui-même qui ne cesse de mettre en avant son aveuglement face à l’emprise de L. Pourtant, jamais cette femme n’agit ostensiblement de manière malsaine. du moins si l’on en croit Delphine.

Car c’est là que réside toute la teneur psychologique de ce roman écrit à la première personne. Malgré le recul qui est accordé au lecteur, il est cantonné au point-de-vue de la narratrice et ne peut donc percevoir frontalement les intentions de L. On est donc constamment dans un jeu de funambule, à guetter un indice qui rompra l’équilibre insinué par cette femme mystérieuse. Sous couvert d’un énième récit autobiographique, D’après une histoire vraie s’établit en véritable thriller psychologique.

Delphine de Vigan ne se contente pas ici de décrire le réel : elle l’utilise, le questionne, le manipule. Situé dans la lignée du Misery de Stephen King qu’elle cite à plusieurs reprises, D’après une histoire vraie pose en arrière-plan du récit un débat de genre, celui de l’importance du réel dans la littérature. Alors que Delphine pense sortir de sa peur de la page blanche par la fiction, L. fait résonner en elle l’idée qu’aujourd’hui, la retranscription du réel est le seul but de la littérature. du moins, c’est ce qu’attendent ses lecteurs.

Au-delà du récit et de la manipulation mentale opérée par un personnage sur un autre, l’auteure s’interroge sur le travail de l’écrivain : est-il possible de dépasser les genres littéraires, de ne pas s’enfermer dans un seul au risque de froisser les lecteurs les plus assidus ? La part autobiographique d’un livre représente-t-il le seul intérêt de la littérature ? Autant de questions qui trouvent une réponse très tranchée dans la bouche de L. et qui, sous couvert d’aiguiller son amie dans sa création, la manipule et la fragilise encore plus.

A la lecture de ces moments plus critiques, on pense, on établit une opinion, et on participe malgré nous à l’établissement de l’intrigue. Une mise en abîme du récit réalisée de manière subtile, sans qu’on l’attende et qui fera surface de manière magistrale.

Please follow and like us:

Phobos, tome 3

Titre : Phobos, tome 3

Auteur : Victor Dixen

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Robert Laffont

Date de publication : novembre 2016

Prix : 18,90€

Nombre de pages : 624

 

 

 

Résumé :

FIN DU PROGRAMME GENESIS DANS
1 MOIS…
1 JOUR…
1 HEURE…

ILS SONT PRÊTS À MENTIR POUR SAUVER LEUR PEAU.

Ils sont les douze naufragés de Mars.
Ils sont aussi les complices d’un effroyable mensonge. Les spectateurs se passionnent pour leur plan de sauvetage, sans se douter du danger sans précédent qui menace la Terre.

ELLE EST PRÊTE À MOURIR POUR SAUVER LE MONDE.

Au risque de sa vie, Léonor est déterminée
à faire éclater la vérité. Mais en est-il encore temps ?

MÊME SI LE COMPTE À REBOURS EXPIRE, IL EST TROP TARD POUR RENONCER.

 

Avec ce troisième opus de la saga Phobos, Victor Dixen signe un tome très mouvementé : entre questions existentielles et retournements de situation fréquents, le rythme que nous impose la lecture relève d’un véritable marathon. Et pour cause : il faut tenir le lecteur éveillé pendant plus de 600 pages ! La dimension addictive liée à l’écriture est donc toujours présente au même niveau, bien que le récit aurait gagné en respiration à être divisé en deux tomes. Remercions toutefois l’éditeur de ne pas avoir succombé à cette tentation, chère aux adaptations cinématographiques de sagas pour adolescents.

On retrouve avec plaisir la galerie de personnages présents dans les deux premiers tomes, sans oublier le hors-série : l’auteur adresse de nombreux clins d’œil aux adeptes de la série, en rappelant le passé des garçons sous forme de fragments. L’attachement à ces jeunes adultes n’en est que renforcé, contrairement à la nouvelle génération de pionniers qui ont également signé pour Mars.

Comme dans le premier tome, chacun est rapidement présenté sous forme de tableau comprenant les noms, les pays d’origine ainsi que l’argent récolté auprès des téléspectateurs. Toutefois, nous ne voyons ces nouveaux visages que de loin, à travers la chaîne Genesis. Nulle possibilité donc de connaître, et encore moins de s’attacher, à ces personnalités.

Un choix considéré de la part de l’auteur qui a pris le parti de développer d’autres personnages déjà présents dans l’aventure. Alors qu’elle était souvent relayée au second plan dans les tomes précédents, Harmony s’impose sur le devant de la scène dans un récit parallèle au récit cadre. Elle va se retrouver confrontée malgré elle à une question d’ordre scientifique et moral, qui effleurera également l’esprit du lecteur : doit-on tout faire pour accéder à la jeunesse éternelle ? Encore une fois, le développement de ce personnage sera lié à celui de sa mère, Serena, dont la personnalité déjà très noire s’assombrira encore plus.

Bien que Phobos ne soit pas une dystopie, Victor Dixen joue avec les codes du genre, en nous proposant un « avant », avant qu’un pouvoir drastique ne soit mis en place. Car Serena McBee ne se contente pas contrôler une émission de télé-réalité (bien que mondialement suivie). Son ambition est d’accéder à la présidence des États-Unis : un projet fou pour nous lecteurs qui connaissons son vrai visage, mais bien sensé pour les partenaires de Genesis et la population, envoûtés par le charisme de cette femme qui excelle dans l’art de dissimuler sa soif de pouvoir.

Elle se fabrique une image lisse, humaine, en apparence transparente, qui dissimule à la perfection ses actes meurtriers. Tout est sombre chez cette femme dont le comportement manipulateur fait frissonner, d’autant plus qu’elle est hissée au sommet par le public. Un personnage tissé à la perfection dans le rôle du méchant, qui n’est pas sans rappeler certains passages de l’Histoire…

Please follow and like us: