En nous beaucoup d’hommes respirent

Titre : En nous beaucoup d’hommes respirent

Auteur : Marie-Aude Murail

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : L’Iconoclaste

Date de publication : août 2018

Prix : 20€

Nombre de pages : 440

 

 

Résumé : Le grand roman d’une famille française sur trois générations, de 14-18 aux années 2000. Un texte constitué à partir d’archives familiales exceptionnelles. Des albums photo, des menus de mariage, des images de communion, des dents de lait, des documents administratifs, des centaines de lettres, des journaux intimes… Voilà le trésor que Marie-Aude découvre en vidant la maison de ses parents. En ouvrant les boîtes à archives, les morts se réaniment. Devant elle se déroule ce grand roman familial. C’est l’histoire des Murail qui se dessine. Mais plus encore, celle de toute famille française. En nous beaucoup d’hommes respirent est une enquête intime. Une plongée dans un récit familial, à la fois commun et singulier.

 

Tout commença par une malle découverte, regorgeant de trésors familiaux enfouis. Une malle que Marie-Aude Murail décide d’ouvrir et de partager avec ses lecteurs. À travers cette histoire, c’est celle de ses ancêtres que l’on lit : successivement, on rencontre Raoul, Cécile, Gérard, Maïté… Jusqu’à descendre à Marie-Aude, à son enfance et sa rencontre précoce avec son époux Pierre.

A l’aide d’archives, de lettres d’amour, de fragments de journaux intimes et de photos, elle reconstitue petit à petit la généalogie de ses ancêtres et semble découvrir en même temps que nous la place qu’occupe son histoire familiale dans sa propre existence, ainsi que dans son œuvre littéraire. Car, en retraçant – littéralement – l’arbre généalogique des Murail, Marie-Aude nous offre un éclaircissement sur le façonnement de ses romans.

Qu’on soit lecteur de Passage ou de Oh boy !, qu’on l’ai été enfant, ou qu’on le devienne adulte, les livres de Marie-Aude Murail s’ouvrent à nous, prennent une autre dimension, plus proche, plus intime. Elle nous ouvre les portes de sa création inconsciemment ancrée dans sa fresque familiale.

Publié à l’attention des adultes, ou des anciens enfants, ce nouvel ouvrage ne se place pourtant pas si loin des romans pour la jeunesse écrits par l’auteure. Sa plume se veut plus détachée, elle décortique, analyse, reconstitue. Mais l’esprit de conte, la capacité à raconter des histoires et à fasciner à travers elles est toujours là : sous le regard de Marie-Aude, ses ancêtres prennent tour à tour l’allure de personnages.

Chaque rencontre est soudaine, on s’attache à eux, on vit avec eux l’instant de quelques pages, on parcourt les lettres, les visages dans le but ferme de connaître leur histoire et ses rebondissements. Peu à peu, cette peinture familiale devient la nôtre, on l’assimile et on se l’approprie jusqu’à rencontrer l’auteure, elle-même personnage de son livre.

La dernière partie de l’ouvrage prend alors tout son sens, et on comprend avec un certain attendrissement l’accomplissement littéraire et personnel de Marie-Aude Murail. Tant et si bien, qu’une fois le livre refermé, tous ces personnages qui ont été les nôtres le temps du récit nous poussent à chercher nos propres fantômes, et à découvrir qu’en nous aussi beaucoup d’hommes respirent.

La servante écarlate

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Robert Laffont

Date de publication : octobre 2015

Prix :  11,50€

Nombre de pages : 530

 

 

Résumé : Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

 

Récemment réexposé sur le devant de la scène grâce à son adaptation sur le petit écran, La servante écarlate (The Handmaid’s Tale, pour son titre original) est un roman écrit par Margaret Atwood dans les années 1980 qui résonne encore dangereusement dans l’actualité du 21e siècle.

Réalisée sur le mode de la dystopie, La servante écarlate imagine un monde futur, apocalyptique, dans lequel la fertilité est devenue une qualité très rare. Tant et si bien que les dernières femmes fécondes sont reléguées au rang d’esclaves sexuelles et n’ont pour autre droit que celui de porter l’enfant de la famille bourgeoise dans laquelle elles sont placées. Malmenée par cette dictature sans limites, Defred fait partie de ces femmes précieuses génétiquement parlant mais à la merci du Commandant et de son épouse.

A travers ses yeux, l’univers mis en place par Margaret Atwood nous est dévoilé progressivement. Grâce à une alternance finement imaginée entre un présent angoissant et un passé plus proche de notre société actuelle, le lecteur découvre avec une certaine fascination malsaine le chemin parcouru entre les deux époques.

Ce roman fait encore écho trente ans après sa première parution pour cette raison : l’histoire nous a appris et nous apprend encore que la liberté repose sur un socle fragile, qui peut s’effondrer plus rapidement qu’on ne le croit. C’est le propre d’une dystopie lorsqu’elle est bien conçue : amener le lecteur à s’interroger sur son époque à travers une autre poussée à l’extrême.

Dans cette dictature imaginée par Margaret Atwood, une liberté est plus particulièrement mise en péril : celle des femmes. Thématique chère à l’auteure, elle est ici mise en scène de façon sombrement réaliste, dans toutes les contradictions qu’elle représente.

Ces femmes fertiles sont dépossédées des qualités humaines qu’elles avaient à leur naissance, des années plus tôt, dans une autre époque. Une seule chose compte : leur capacité à enfanter. Plus de nom, plus d’histoire, plus de vêtements… toute leur personnalité est désormais établie d’avance : Defred, servante, robe rouge et œillères blanches…

Grâce à une plume habile, une focalisation interne et une narration finement construite, Margaret Atwood nous plonge dans une ambiance sombre, malsaine qui fascine autant qu’elle met mal à l’aise. La relation entre ces femmes écarlates interpelle : jusqu’où peut-on, doit-on résister à la dictature ?

La servante écarlate est un roman qui interroge : l’auteure met en place un monde extrême, avec des personnages terriblement réalistes, proches de nous, mais nous laisse finalement les clés pour réagir à cette histoire et y apporter des réponses qui résonneront avec la société actuelle.

 

La servante écarlate est devenu un classique de la littérature américaine contemporaine. Malgré un monde imaginaire éloigné du notre, la république de Gilead fascine autant qu’elle fait peur. Tant et si bien que certains lecteurs se sont posés la question, non sans une certaine panique : et si on en arrivait là ? C’est dire le talent de narratrice de Margaret Atwood qui, grâce à ce roman, a su éveiller les consciences.

 

La lecture de La servante écarlate a été réalisée en commun avec Clara du blog Croqueuse-Livres : retrouvez son avis ici !

 

La bande annonce de la série :

Chroniques burlesques d’une journaliste

Titre : Chroniques burlesques d’une journaliste

Auteurs : Stéphanie Janicot, Catel

Genre : Bande dessinée

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2018

Prix : 20€

Nombre de pages : 165

 

 

Résumé : Jazz est journaliste pour les pages culture d’un hebdo. Son chef de service, Aaron, a une fâcheuse tendance à lui refiler les sujets dont personne ne veut. Mais qu’à cela ne tienne, Jazz ne manque pas d’audace et d’humour. Elle arrive toujours à relever le défi pour écrire ses papiers. Des incontournables Victoires de la musique au train du cholestérol de Brive La Gailllarde, Jazz va de rencontres en surprises, côtoyant tour à tour Francis Ford Coppola, Benjamin Biolay, Amélie Nothomb et bien d’autres stars.

À travers ce personnage attachant, Stéphanie Janicot et Catel nous font découvrir les coulisses de la presse. Au fil de l’année qui défile et des articles de Jazz, nous vivons les temps forts des événements culturels en France.

 

A mis chemin entre roman graphique et récit illustré, ce nouveau livre de Stéphanie Janicot étonne autant par sa forme que son contenu. Organisé par chapitres représentant chacun une période de l’année, Chroniques burlesques d’une journaliste dresse, comme son titre l’indique, le quotidien professionnel et personnel d’une pigiste au sein des pages culture d’un journal.

Mais loin d’être cynique ou alarmiste, le ton adopté par l’auteure est au contraire débordant d’humour. Et on y adhère d’autant plus facilement qu’il sent le vécu ! Face à une situation précaire, aussi bien en terme financier que de reconnaissance professionnelle, la journaliste décide de faire de sa faible condition une force. Et cela fonctionne !

Face à un rédacteur en chef avide de sujets aussi pointus que populaires, face à une cheffe de rubrique snob de « grande littérature », Jazz se retrouve parfois démunie, mais répond toujours favorablement à cette devise implicite : les pigistes ont le choix des sujets dont personne ne veut.

Triste constat, et pourtant, le ton léger et engageant adopté par l’auteure rend la lecture aussi trépidante que le récit le suggère. Car, même si les sujets abordés par Jazz ne sont pas des premiers choix, elle accède à une vie de paillettes qui l’entraine bien loin de son quotidien. Et du nôtre par la même occasion !

Quant aux dessins réalisés par Catel, ils participent à l’humour et à cette légèreté apportée par le récit. Incorporés en début de chapitres ou insérés subrepticement entre deux pages de texte, ils font sourire. Couleurs minimes, traits fins et simples, les dessins de Catel sont efficaces et nous font sourire.

Bien loin d’illustrer seulement les propos de Stéphanie Janicot, ils apportent une véritable touche de couleur et de fantaisie au texte qu’ils magnifient. Jazz prend ainsi forme dans l’esprit du lecteur qui ne peut que s’y attacher et s’imaginer une autre vie à travers elle.

 

Un bel ouvrage autant par sa forme que par son contenu qui, grâce à un ton enjoué et empreint d’humour, nous dévoile de façon lumineuse mais solide les coulisses d’une rédaction du point-de-vue d’une journaliste. Un constat rude, parfois ingrat sur la condition de pigiste qui, malgré tout, laisse un goût d’envie de rencontres. Un livre à déguster !

À la lumière du petit matin

Titre : À la lumière du petit matin

Auteur : Agnès Martin-Lugand

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2018

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 331

 

 

 

Résumé : À l’approche de la quarantaine, Hortense se partage entre son métier de professeur de danse et sa liaison avec un homme marié. Elle se dit heureuse, pourtant elle devient spectatrice de sa vie et est peu à peu gagnée par un indicible vague à l’âme qu’elle refuse d’affronter. Jusqu’au jour où le destin la fait trébucher… Mais ce coup du sort n’est-il pas l’occasion de raviver la flamme intérieure qu’elle avait laissée s’éteindre ?

 

Une fois de plus, Agnès Martin-Lugand créé une histoire portée par un personnage de femme entre deux âges, sûre d’elle et en même temps très fragile, à la recherche d’un bonheur a priori impossible à atteindre.

Mais À la lumière du petit matin possède un ton différent des précédents romans de l’auteure : un ton plus personnel, plus humain, qui entrera fortement en résonance avec les cœurs ouverts. Car, à travers le destin d’Hortense, somme toute assez ordinaire, c’est à toute une génération de femmes qu’Agnès Martin-Lugand s’adresse, et même au-delà : à toutes les femmes portées par un désir de liberté qu’une relation amoureuse vient étouffer.

Engagée dans une histoire avec un homme marié, Hortense sent sa vie s’étriquer au point que son humeur et sa façon de voir les choses déteignent sur l’unique stabilité de son existence : la danse. Danseuse professionnelle, cette belle femme de 40 ans enseigne sa passion dans une école où, bien entourée par ses jeunes élèves et ses collègues, elle semble s’épanouir pleinement.

Mais sa relation avec Eymeric vient ternir le tableau de ses sentiments : comment prendre son envol, tout en étant relégué au second rang ? Malgré elle, cette place sentimentale qui lui est attribuée prend le pas sur l’entièreté de sa vie. A tel point que l’inévitable finit par arriver : l’accident. La vie ne semble pas épargner Hortense et, pourtant, ce soir-là où sa cheville lui fait défaut signe le début de sa libération, la fin de l’emprise d’Eymeric.

Contrainte au repos, Hortense s’isole dans son jardin secret : le lieu de son enfance, là où règne le souvenir de ses parents décédés. Accueillie dans ce cocon de verdure par ses deux meilleurs amis, loin de Paris et de son rythme effréné, elle retrouve peu à peu le goût d’une vie légère, sans préoccupations autres que celles de redonner vie à ce lieu lointain en même temps qu’à la sienne. Portée par un projet audacieux de chambres d’hôtes, Hortense se redécouvre, se reconstruit pour arriver finalement à une situation que l’on attend pour elle depuis les premières pages du récit : son épanouissement total.

Malgré certaines tournures du récit attendues, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand est un parcours de vie, une histoire dans laquelle on se retrouve et dont on ressort le cœur rempli d’espoir. On retrouve la plume fluide et très accessible de l’auteure qui porte son roman et nous permet d’accéder aisément à l’intériorité des personnages, notamment celle d’Hortense.

On comprend ses choix, on s’imagine à sa place d’autant plus si sa situation nous renvoie à la nôtre. La fragilité rend cette femme combattive et attachante : son parcours et la recherche de son bonheur deviennent notre. Si bien qu’une seule chose nous importe : tourner les pages pour en découvrir le dénouement, à savoir l’apaisement.

 

Un roman qui s’inscrit dans la veine de la littérature « feel good » : ces histoires qui, une fois racontées, nous apportent une certaine sérénité. Le parcours de ces personnages réalistes et touchants nous offre un moment agréable de lecture, rempli d’humanité.

Les Secrets

Titre : Les Secrets

Auteur : Amélie Antoine

Genre : Littérature contemporaine

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : mars 2018

Prix : 18,95€

Nombre de pages : 392

 

 

 

Résumé : Et si le mensonge était, parfois, une ultime preuve d’amour ? Vous l’aimez plus que tout au monde.
Vous lui faites aveuglément confiance. Vous ne rêvez que d’une chose : fonder une famille ensemble. Mais rien ne se passe comme prévu. Jusqu’où iriez-vous pour éviter de tout perdre ? 

Une histoire racontée à rebours, car il n’y a qu’en démêlant les fils du passé que l’on peut comprendre le présent.

 

Construit à l’envers, le nouveau roman d’Amélie Antoine étonne par sa forme. L’idée est de commencer l’histoire par la fin : après un temps qu’on imagine avoir été une éternité, l’héroïne obtient ce qu’elle désirait par-dessus tout, tomber enceinte. Le fonctionnement du récit est alors le même que celui d’un certain type de polar : après avoir dévoilé le coupable, on remonte le fil pour tenter de comprendre comment le crime est arrivé.

Moins de suspense toutefois dans Les Secrets qui, malgré le titre, n’est pas énigmatique, sauf peut-être pour les personnages masculins. Les points-de-vues alternent entre Mathilde et Yascha, et pourtant le récit reste centré autour d’elle. Qui est cette femme qui, tout en menant une double vie affective, semble tiraillée par un désir d’enfant qui ne s’accomplit pas ?

Malgré une histoire moins originale et moins sous tension que dans ses romans précédents, ce nouveau livre d’Amélie Antoine procure également un grand plaisir de lecture. Retranchée derrière une plume simple mais efficace, l’auteure dresse un portrait de femme complexe, distant, mais qui n’en demeure pas moins touchant. Son souci de détailler la psychologie des personnages est visible et finement réalisé, d’autant plus avec cette construction particulière du récit.

Le roman pourrait se lire dans un sens comme dans l’autre (l’éditeur ayant même joué le jeu de la pagination du livre !), les personnages seraient toujours aussi crédibles et compréhensibles. Toutefois, ce choix de déroulement de l’histoire à rebours rend l’écart entre les portraits de début et de fin et l’évolution de Mathilde et de Yascha d’autant plus marquantes.

Quant aux personnages secondaires qui gravitent autour des deux principaux, ils participent également à complexifier et renforcer les traits de caractère de chacun. Face à un mari amoureux et lucide, face à une très jeune mère de famille, Mathilde et Yascha se forgent malgré eux une personnalité dense qui – on s’en rend compte dans les dernières pages du livre – s’est fortement assumée et transformée au fil du temps.

Devant l’agencement particulier du récit, des points-de-vues et du temps, l’ironie se fait de plus en plus forte : elle lui cache toute sa vie, s’en construit une autre (qu’elle désire peut-être vraiment ?) tandis que lui a du mal à assumer et assurer un rôle que, de son côté, elle cherche désespérément à endosser : celui d’être parent.

 

Avec Les Secrets, Amélie Antoine signe un nouveau roman qui dénote par sa forme plus que par son histoire ou l’émotion qu’elle propose. Une grande qualité narrative demeure pourtant : une psychologie des personnages fine, précise et donc forcément touchante.

Merci aux éditions Michel Lafon pour la découverte de ce dernier livre d’Amélie Antoine !

 

Appelle-moi par ton nom

Titre : Appelle-moi par ton nom

Auteur : André Aciman

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Grasset

Date de publication : février 2018

Prix : 20,90€

Nombre de pages : 336

 

 

Résumé : Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…

Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.

 

Publié pour la première fois en 2007 aux éditions de l’Olivier, le roman d’André Aciman connaît une seconde vie grâce à l’adaptation de son histoire au cinéma. Réédité chez Grasset en 2018, peu de temps avant la sortie du film, Call me by your name renaît sous un nouveau titre mais avec la même traduction française du texte.

Appelle-moi par ton nom est l’histoire d’une passion adolescente entre deux hommes que tout oppose : leur classe sociale, leur âge, et plus tard leur destin. Comme tous les étés, la famille  d’Elio, le jeune narrateur de 17 ans, passe ses vacances dans une maison de campagne, loin du rythme incessant du reste de l’année.

Dès l’ouverture du récit, le décor est planté : idyllique, reposant, atemporel. Jusqu’à ce qu’un invité arrive dans ce cadre pourtant reculé du reste du monde… Aussitôt fasciné par ce jeune étudiant, Elio nous livre avec une transparence insouciante le tumulte de ses sentiments, de ces nouveaux sentiments contradictoires qu’il ne maîtrise pas. Peu à peu, nous assistons à la découverte de la passion, de cet état incontrôlable, incompréhensible, qu’est la naissance de l’amour chez un adolescent. Les sentiments sont amplifiés, les réactions excessives ou inexistantes.

André Aciman nous raconte la passion, sous une plume au contraire contrôlée, dénuée de tout effluve narratif, avec un vocabulaire, une culture riche et précise. Composé en plusieurs parties pensées comme des chapitres, le récit progresse d’abord lentement,  telle une mimétique des sentiments naissants chez ce jeune narrateur qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Le lecteur, au contraire, peut saisir cet effet de style de la part de l’auteur, sans pourtant y adhérer : cette lenteur du rythme narratif peut perdre le lecteur autant que le fasciner. Mais n’est-ce pas là le propre de la passion ? Car avant tout contact physique commencent les premiers signes : les effleurements, les comportements incompris, les réactions démesurées. Avec cette rencontre inattendue, c’est lui-même qu’Elio découvre : la naissance de ses sentiments, son désir, sa sexualité… On assiste à l’épanouissement progressif d’un adolescent à travers une relation certes houleuse, mais qui le marquera pour le reste de sa vie.

 

Avec Appelle-moi par ton nom, André Aciman nous offre une belle histoire, sincère et touchante, sur le premier amour et la découverte du désir. Malgré cela, malgré cette description sincère et juste du tumulte qui règne chez l’adolescent, la dernière partie du récit est la découverte la plus intéressante du roman. Au désir, aux sentiments passionnels, se succèdent les années et, avec elles, arrive la nostalgie. La nostalgie de cet été plein de promesses et de découvertes qui restera, dans l’esprit du jeune narrateur devenu adulte autant que dans celui du lecteur, une période majestueuse.

Un grand merci aux éditions Grasset pour cette belle découverte ! Et, en attendant la sortie du film en salles, la bande annonce :

Pactum salis

Titre : Pactum salis

Auteur : Olivier Bourdeaut

Genre : Littérature contemporaine

Éditeur : Finitude

Date de publication :janvier 2018

Prix : 18,50€

Nombre de pages : 256

 

 

 

Résumé : Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour « réussir ». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit. Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.

 

Ce fut l’un des succès retentissant de l’année 2016 : écoulé à plus de 500 000 exemplaires toutes éditions confondues, En attendant Bojangles a indéniablement fait rentrer son auteur dans le monde de la littérature. Car, plus encore que ce roman d’une émotion et d’une intensité à toute épreuve, on vient à croire que l’histoire de son auteur a grandement participé à l’écho du livre. Avec En attendant Bojangles, un écrivain est né.

De fait, comment composer « l’après Bojangles » ? Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut propose un second roman très différent du premier. Certes, on ne pourra empêcher les comparaisons et pour cause : on retrouve des similitudes qui font et entretiennent l’univers de l’auteur. A commencer par une écriture dansante, empreinte d’une certaine poésie. Toutefois, alors qu’elle apportait une grande légèreté à un sujet sombre, elle gagne cette fois-ci en intensité, en vocabulaire, en précision et assombrit une ambiance déjà pesante.

On délaisse le conte fantasque pour un récit violent et sensuel, plus ancré dans la réalité. Mais l’humour n’est jamais loin pour apporter un rayon de lumière et permettre au lecteur de prendre du recul sur certaines situations qui, jusqu’alors très sombres, prennent soudainement un tournant ridicule, burlesque. Le rire est toujours présent chez Olivier Bourdeaut, comme un frein à la noirceur du monde qu’il met habilement en scène.

Pactum salis est l’histoire d’une amitié, d’une inimitié, scellée par un pacte de sel. On ne saurait décrire la nature exacte de cette relation naissante entre deux hommes que tout oppose et qui vont se rencontrer au cœur de la Baule. L’un est paludier, aux tendances misanthropes, et vit en autarcie dans les marais salants ; l’autre est agent immobilier, parisien et au centre du monde y compris dans les endroits les plus reculés, comme Guérande. Deux personnalités fortes, aux antipodes l’une de l’autre, et qui finiront (ou pas) par s’accorder le temps de quelques jours.

Olivier Bourdeaut nous fait voyager dans un décor pittoresque qui séduit par son originalité et sa beauté. Mais cette tranquillité apparente va être bouleversée par l’arrivée d’un parisien effronté et, avec lui, la violence et les excès du monde. Pactum salis n’est pas seulement le récit d’une amitié chaotique entre deux hommes, c’est à travers elle un roman sur les relations humaines et la fatalité du monde qui les anime. On regrettera toutefois le grand bol d’émotions qui, porté par une écriture insouciante et poétique, faisait tout le charme d’En attendant Bojangles

 

Avec Pactum salis, Olivier Bourdeaut confirme la place d’écrivain qui lui avait été grandement attribuée lors de son premier roman. Une histoire originale, intense, empreinte d’un certain suspense, plantée dans un décor idyllique, et portée par une écriture à la fois dense, poétique et légère : tels sont les ingrédients qui façonnent le talent d’Olivier Bourdeaut qui, on l’espère, continuera à ravir des milliers de lecteurs.

What light

Titre : What Light

Auteur : Jay Asher

Genre : Littérature jeunesse

Editeur : Michel Lafon

Date de publication : octobre 2017

Prix : 14,95€

Nombre de pages : 284

 

 

 

Résumé : Un premier amour inattendu

Le poison de la rumeur

Le récit d’une seconde chance

 

Après le succès de son précédent livre adapté par Netflix sous le même titre, 13 reasons why, Jay Asher revient avec un nouveau roman mettant également en scène des relations houleuses entre plusieurs adolescents.

Cette histoire se passe cette fois dans une période très restreinte, à savoir à Noël. Le récit s’ouvre sur la vie d’une adolescente bien entourée par sa famille et ses deux meilleures amies. Jusqu’à ce que, comme tous les ans, elle parte avec ses parents faire tourner l’entreprise familiale de vente de sapins, à plusieurs kilomètres de l’Oregon, en Californie. A ce moment-là débute réellement l’histoire : comment une adolescente studieuse, bien entourée, va-t-elle voir sa vie basculer lors d’une rencontre ?

 

Pour son deuxième roman, Jay Asher choisit une ambiance beaucoup moins sombre que dans le livre précédent, mais aussi moins marquante. On laisse donc de côté le thème du suicide pour celui d’une relation amoureuse plus commune entre deux adolescents. Un point commun entre les deux histoires cependant : le poids de la rumeur. Mise en scène de façon moins excessive, elle s’insinue dans la petite ville de Californie et vient rapidement s’immiscer dans les conversations des habitants.

Comme chaque année à Noël, Sierra arrive donc dans l’entreprise familiale et retrouve son amie d’enfance. Mais cette année, et contre toute attente, la jeune femme fait une rencontre qui pourrait bien changer sa façon de voir le monde. Poussée par son amie, Sierra accepte – plus pour mettre fin au débat que par réelle conviction – de s’ouvrir à une relation amoureuse. Elle fait la connaissance de Caleb, un jeune homme mystérieux, qui semble beaucoup s’intéresser à elle.

Mais, alors qu’elle commence à se prêter au jeu de la fameuse rencontre, Sierra est stoppée net par son amie : une rumeur court sur Caleb, le rendant alors inaccessible. Accusé à tort ou non (nous ne le découvrirons que bien plus tard, en même temps que l’héroïne), toute la ville semble se fier à cette rumeur. Caleb est traité comme un être dangereux, à ne pas approcher de trop près, autant par les adolescents que par les adultes. Mais, troublée par le charme et le mystère du jeune homme, Sierra décide malgré tout de découvrir la vérité.

De la même façon que pour 13 reasons why, What light montre la force dévastatrice de la rumeur et les conséquences qu’elle peut engendrer autant pour les responsables que pour les victimes. En cela, l’œuvre de Jay Asher transmet une touchante leçon d’humanité : les victimes ne sont pas forcément celles que l’on croit.

Toutefois, la portée de ce nouveau récit est beaucoup plus timide que le précédent. Alors que 13 reasons why transmettait un tumulte d’émotions navigant entre peur et frissons, What Light laisse une impression beaucoup plus fade à la lecture. Certes, les relations d’amitié entre l’héroïne et son entourage sont souvent touchantes, mais faciles et sans grand risque. Le portrait de chaque personnage est réalisé de façon simple, voire caricaturale : face à la jeune femme studieuse, généreuse, se protégeant des relations amoureuses, se dresse le jeune homme sombre, mystérieux, au passé trouble.

Quand on repense à l’originalité et la subtilité avec laquelle Jay Asher traitait d’un sujet aussi sensible que le suicide, quelle déception de le retrouver dans une histoire d’amour entre deux adolescents aux traits déjà vus et revus ! Heureusement, l’écriture agréable de l’auteur et la période lumineuse de Noël offrent à cette histoire trop commune une couverture chaude et soigneuse.

 

Une histoire lumineuse à lire au coin du feu pendant la période de Noël. On regrettera toutefois la disparition complète de toute l’originalité de l’auteur de 13 reasons why, à savoir des personnages subtilement travaillés et dont les relations aussi passionnelles que destructrices ont contribué à créer une atmosphère dangereusement intense. Dommage !

A la place du cœur

Titre : A la place du cœur

Auteur : Arnaud Cathrine

Genre : Littérature jeunesse

Éditeur : Robert Laffont

Date de publication : septembre 2016

Prix : 16€

Nombre de pages : 252

 

 

 

Résumé : Six jours dans la vie de Caumes qui vit son premier amour. Six jours de janvier 2015 où la France bascule dans l’effroi. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu’une chose : à la fin de l’année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un « plus si affinités »…

Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s’annonce et la perspective obsédante de la « première fois ». Sauf que le lendemain, c’est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l’entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes…

À la place du cœur, c’est ça : une semaine, jour après jour, et quasiment heure par heure, à vivre une passion sauvageonne et exaltante ; mais une semaine également rivée sur les écrans à tenter de mesurer l’horreur à l’œuvre, à tenter de ne pas confondre l’information en flux continu avec un thriller télé de plus. Comment l’amour (qui, par définition, postule que « le monde peut bien s’écrouler ») cohabite-t-il avec la mort en marche ? Comment faire tenir ça dans un seul corps, dans une seule conscience ? Comment respirer à fond le parfum de la fille qu’on aime et comprendre, dans le même temps, que le monde qui nous attend est à terre ?

 

Sujet sensible, le terrorisme envahit nos villes, nos pensées, notre culture. Et pourtant, il demeure peu visible dans notre littérature, spécifiquement à l’égard du jeune public. Comment transmettre ce phénomène qui agite notre société quand nous-même ne le comprenons pas ? Là est le pouvoir de la fiction.

Déjà connu pour bousculer les consciences et parler de sujets épineux, Arnaud Cathrine emploie dans ce roman pour grands enfants et adolescents des mots bruts, un niveau de langue familier mais adapté pour parler avec douceur et sensibilité d’un thème d’une grande violence.

En confrontant son narrateur à un événement que bon nombre d’adolescents vivent à cet âge (à savoir les premières expériences amoureuses), l’auteur allège un récit qui aurait pu s’avérer très lourd, de forme comme de sens. Vie et mort se côtoient alors dans la vie du jeune Caumes qui, désemparé, éprouve une culpabilité certaine à être heureux dans un tel moment d’effroi. Car, comment participer à la construction de son identité quand celle de son pays est remise en question ?

Violence physique, violence psychique, violence verbale : les événements s’enchaînent et les comportements changent. Un troisième élément du récit vient bouleverser ce jeune garçon qui peine à donner un sens au chaos qui se forme autour de lui. Parallèlement à son histoire d’amour naissante, Caumes voit un de ses liens d’amitié se tordre. Il n’est pas le seul à se chercher, à difficilement trouver son identité propre. Néanmoins, le parcours de son ami Hakim semble plus compliqué à tracer encore, et établit (indirectement peut-être) une illustration parfaite de la violence à grande échelle dans laquelle la France bascule à cet instant. Le jeune homme se retrouve au cœur d’une intimidation lancée par un groupe de lycéens : avec un prénom d’origine arabe, une sagesse d’esprit et une identité sexuelle encore très floue, Hakim semble être la cible parfaite pour Kévin et son groupe, les caïds du lycée. Sans doute une manière pour l’auteur d’exprimer un appel à la tolérance, de montrer que les rôles de victimes et de bourreaux peuvent à tout moment s’inverser, y compris dans un milieu protégé comme le cadre scolaire.

A l’image de son frère, Caumes veut s’inscrire dans le grand chamboulement politique qui transperce le pays. Mais comment trouver sa place dans toute cette agitation politique à laquelle même les adultes semblent ne rien comprendre, outre la violence et le danger qui en découlent ? L’occasion pour Caumes et ses amis de compter et d’agir sans l’accord de leurs parents respectifs. Car c’est aussi cela grandir : se construire une identité de corps, de cœur et d’esprit ; les événements tragiques ne faisant que faire basculer plus rapidement les adolescents de l’innocence de l’enfance à la gravité de l’âge adulte.

 

A travers une écriture ultra-contemporaine et mimétique du langage adolescent, Arnaud Cathrine réussit à mettre les mots et l’esprit sur une page sombre de notre histoire. En croisant plusieurs événements apparemment sans lien direct entre eux, il dresse un roman clé sur la tolérance et la construction de l’identité dans un monde chaotique, incompréhensible, mais toujours rattaché à la vie.

Farallon Islands

Titre : Farallon Islands

Auteur : Abby Geni

Genre : littérature contemporaine

Éditeur : Actes Sud

Date de publication : juin 2017

Prix : 22,80€

Nombre de pages : 384

 

 

 

 

 

Résumé : Au large de la Californie, sur une île inhabitée au cœur d’un archipel quasi inaccessible et livré aux caprices des vents, Miranda, jeune photographe spécialisée de la faune sauvage, découvre un monde parallèle aussi séduisant que terrifiant, où la menace vient tout autant de la spectaculaire hostilité de la nature que de l’étrange micro-communauté scientifique qui l’accueille. Abby Geni signe un premier roman comme un grand-huit des sensations, et pose un univers inoubliable, à mi-chemin entre David Vann et Laura Kasischke. 

 

Le ton est donné dès les premières phrases, les premiers mots employés. Le rythme d’écriture est haletant, sec, cassant, et offre ainsi une mimétique parfaite de l’ambiance tapissée par Abby Geni dans ce premier roman.

Consacré de prime abord à la découverte d’une île mystérieuse, le voyage réalisé par cette jeune photographe et l’équipe de biologistes qu’elle accompagne se transforme progressivement en un enchaînement de situations de survie. Férocité des animaux, magnificence et terreur des paysages, cette île semble regorger de secrets, constituant alors une aura qu’aucun des hommes ne parvient à percer. La richesse du travail des chercheurs provient directement de là : comment capter, comprendre ce lieu et les regards qu’il comporte ? Finalement, la photographie semble être le moyen le plus adéquat pour transporter et transformer les espèces naturelles présentes.

Mais ce qui provoque réellement le sentiment d’obscurité et de danger, ce sont les hommes plus que les rochers, les animaux ou encore les vagues. A la croisée des chemins entre Shutter Island de Dennis Lehane et les Dix petits nègres d’Agatha Christie, Farallon Islands suggère un univers étouffant, angoissant, voire agonisant dans lequel les disparitions et la violence rythment les journées de cette équipe scientifique.

Grâce à cette écriture elle-même porteuse d’une certaine terreur, l’auteure nous entraîne dans un tourbillon noir, qui tangue tantôt avec l’imaginaire d’une narratrice déboussolée, tantôt avec une frontière poreuse entre réalité et fantastique. On cherche à expliquer un enchaînement d’événements parfois scabreux : cette île est-elle à ce point mystérieuse, à ce point vivante, qu’elle réparerait elle-même les injustices des hommes qui l’habitent ?

Plus que l’endroit, le danger provient des personnages. Le recours à la focalisation interne dans la construction du récit participe à cette impression d’isolation et d’étouffement qui ressort de la lecture. Nous voyons, nous ressentons à travers la narratrice, Miranda. Située derrière l’objectif de son appareil, elle est dans une position d’observatrice du paysage et des personnes qui l’entourent.

Désir de retrait, de protection, elle va pourtant prendre pleinement conscience de son existence sur cette île suite à un événement malencontreux qui la poussera à (enfin) agir. Mais trouver sa place d’artiste et de femme dans cette communauté ultra restreinte se trouve finalement être beaucoup plus difficile que de s’accoutumer du lieu et du mode de vie qu’il impose. Le temps s’étire, les animaux domestiques sont exotiques, la nourriture affamante. Rien ne semble fonctionner comme de coutume sur cette île qui impose un rythme à la fois infernal et terriblement long, déconnecté du reste du monde. Même l’isolement que s’impose la narratrice dans sa chambre ne lui offre aucun répit, aucune respiration, et l’entraine malgré elle dans cette spirale infernale qui l’engloutit un peu plus chaque jour. Une seule question parcourt l’esprit du lecteur lorsqu’il parvient à se détacher de ce récit hypnotique : Miranda repartira-t-elle vivante de Farallon Islands ?

 

Abby Geni signe un premier roman terriblement intense, porté par une écriture originale et rythmée. Les mots s’enchaînent, les émotions aussi : on est fasciné par ce faux huis-clos qui abrite des personnages plus mystérieux et angoissants encore que le lieu titanesque sur lequel ils sont. Un grand coup de cœur !